Les systèmes d’information de l’Etat (Extrait du Rapport TerraNova)

Un groupe de travail présidé par Jacques Sauret, ancien président de l’Agence pour le développement de l’administration électronique (et auquel j’ai pris part) s’est réuni tout au long de l’année 2013, dans le cadre de la Fondation Terra Nova.  

Le rapport vient d’être publié. 

Baptisé « L’action publique et sa modernisation : La réforme de l’Etat, mère de toutes les réformes », ce rapport dégage une perspective et un recul sur ce sujet, tout en proposant des séries de recommandations destinées à transcrire dans les actes le diagnostic effectué.

On y retrouve l’écho d’un certain nombre de diagnostics et de propositions déjà présents dans le rapport Rocard République 2.0.

 

Des systèmes d’information considérés à leur juste place

Les fonctions supports restent les parents pauvres des administrations, même si des progrès sont intervenus. C’est notamment le cas des systèmes d’information (SI), qui ne sont pas en France au niveau où ils devraient être. Or, au XXIème siècle, des systèmes d’informations insuffisants interdisent des services publics performants et de qualité. Ces sujets doivent être placés en haut de la pile des priorités pour que les efforts consentis par ailleurs ne soient pas annihilés du fait de SI inadaptés.

Sans avoir pour objectif de faire un audit de la gestion des SI des administrations publiques, quelques éléments seront évoqués : l’investissement dans les SI, la gestion de projet et la gouvernance des SI.

Investir massivement dans les SI publics est une nécessité absolue. Historiquement, la France investit beaucoup moins dans ses SI que beaucoup de pays développés, et notamment que les Etats-Unis. Il est classiquement considéré que l’investissement en SI devrait s’élever à 3 % du budget. Or, les dépenses se montent à environ 4,6 M€ pour 2013, soit 1,15 % des dépenses. Dès lors, la France ne peut rattraper son retard et profiter pleinement des potentialités et des gains de productivité induits par les systèmes d’information. Même en période de disette budgétaire, et on devrait dire surtout dire surtout en période de disette budgétaire, l’investissement dans les SI devrait être sanctuarisé et conforté.

Recommandation n°40 :  Faire passer l’investissement public en systèmes d’information de 1,15 % à 3 %, pour rattraper le retard de la France en ce domaine et bénéficier à court terme des gains en qualité de service pour les usagers et les agents et des économies induites.

Mais un surcroît d’investissement ne doit pas se traduire par des projets pharaoniques comme la France en a le secret. Il doit être organisé et ciblé, sur la base d’une urbanisation d’ensemble se traduisant par un plan d’action à 10 ans. La DISIC  travaille à une telle urbanisation avec l’aide des ministères, et ce travail important constitue un apport considérable pour une action publique modernisée.

La gestion des projets informatiques doit également évoluer : le développement d’un SI est encore dans de nombreux cas le fait d’informaticiens, les directions métiers n’étant ou ne sentant impliquées que dans une phase initiale d’expression de besoin plus ou moins sommaire puis dans l’utilisation du produit une fois développé. Par ailleurs, les informaticiens ont longtemps eu la tentation de grands projets informatiques totalement intégrés répondant en une seule fois à l’ensemble des problématiques d’une administration. Ces pratiques ont montré leurs limites, et les désastres de grands projets publics ont défrayé la chronique, le dernier en date étant le logiciel de paie des militaires, Louvois.

Le temps des CHORUS, Hélios et autres ONP  est révolu : les technologies aujourd’hui disponibles permettent de ne plus devoir passer par ces énormes projets, longs, coûteux, risqués et peu évolutifs, et de les remplacer par le développement de modules applicatifs faisant appel en tant que de besoin à des ressources externes et communes. L’urbanisation de la stratégie et des plans d’actions, l’existence de cartographies faciliteront l’urbanisation des SI et l’élaboration de tels modules, qui « grignoteront » progressivement les vieux applicatifs existants sans avoir à prévoir de Big bang informatiques, toujours incertains.

Recommandation n°41 :  Urbaniser les SI publics dans une perspective à long terme, et faire évoluer les projets informatiques vers des projets de taille réduite, modulaires, qui sont moins coûteux, moins risqués, plus facile à faire évoluer et plus interopérables.

Indépendamment de l’accroissement de l’effort en matière de SI, certaines orientations permettraient d’améliorer la qualité des services rendus tout en générant des économies non négligeables. Ainsi, il est très souhaitable de mutualiser les moyens en SI, tant pour les développements que pour l’exploitation, pour atteindre des masses critiques en termes de compétences et les économies d’échelle constatées dans le secteur.

Pour ce qui concerne l’État, la création de 4 ou 5 pôles d’exploitation serait adaptée, de même que deux ou trois structures de gestion de projet interministérielles. Cela permettrait d’augmenter substantiellement le nombre d’applications développées à budget constant, favoriserait la diffusion de solutions interopérables entre administrations et améliorerait fortement la qualité de l’hébergement, tant en termes de disponibilité que de sécurité et de coûts. Une approche équivalente pourrait être proposée aux collectivités territoriales, aucune d’entre elle mis à part Paris n’ayant la taille justifiant une exploitation autonome. Via leurs associations, les régions, les départements et les communes pourraient créer quelques structures chargées de porter les projets de SI les concernant et de les exploiter, avec là aussi des économies tout à fait substantielles et un bond qualitatif. L’informatique hospitalière pourrait être impliquée dans une démarche équivalente, seule l’AP-HP ayant la dimension suffisante pour justifier une exploitation internalisée.

Ce type de mutualisation rencontrera sans aucun doute l’opposition des informaticiens des entités concernées (ministères, grandes collectivités, hôpitaux), souvent très attachés à la beauté des salles informatiques et des alignements de serveurs nombreux et puissants. La justification souvent mise en avant d’une meilleure sécurité d’exploitation et d’une proximité permettant d’intervenir rapidement en cas de dysfonctionnement ne tient pas à l’analyse, ni en termes de qualité de service ni de coûts induits dès lors que des astreintes doivent être mises en place. Une volonté clairement affichée d’une telle mutualisation est donc nécessaire pour dépasser ces freins. Elle devrait être accompagnée d’un recentrage explicite des DSI publiques vers le pilotage d’ensemble des projets et la bonne articulation entre les directions métiers, les informaticiens et les usagers. Leur légitimité institutionnelle en ressortirait renforcée, et l’efficacité d’ensemble améliorée.

Recommandation n°42 :  Mutualiser les centres de développement et d’exploitation informatique.

Un des aspects principaux en matière de SI sera de définir, sur la base de l’urbanisation d’ensemble, les référentiels de toute nature  nécessaires à la création des SI agiles et interopérables attendus. Á cette fin, la DISIC devrait être fortement renforcée, notamment pour mener à bien l’urbanisation générale des SI de l’action publique, en lien avec les autres acteurs administratifs (cf. III.D.1 ci-dessus). Le secteur privé devrait être associé à cette tâche ainsi qu’à celle d’élaboration et de maintenance des référentiels de toute nature nécessaires pour garantir l’interopérabilité entre tous les systèmes.

Recommandation n°43 :  Travailler en priorité sur les référentiels de toute nature impactant les SI (sémantiques, d’échanges, d’architecture, etc.), en y associant les parties prenantes.

Comme il a été dit précédemment, la France a pris un retard certain en termes de SI publics. Elle doit le rattraper et investir à cette fin, pour ne pas perdre pied dans l’environnement international et la compétitivité entre États. Elle pourrait ainsi bénéficier rapidement des immenses gains de productivité encore latents. Elle pourrait ainsi renforcer son influence sur le marché des logiciels, le marché français disposant d’un fort pouvoir d’influence sur les éditeurs internationaux pour le marché européen continental (« market-maker »), pour peu qu’il soit un peu organisé. C’est notamment le cas pour la gestion des ressources humaines, les processus administratifs, les systèmes d’information hospitaliers ou les solutions de sécurisation des échanges (identification et gestion des habilitations) ».

Source: TerraNova: l’action publique et sa modernisation : La réforme de l’Etat, mère de toutes les réformes ».

Voir aussi :

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s