Cloud Souverain : vers un dégroupage de Numergy et Cloudwatt ?

C’était une excellente chose que l’État se préoccupe, lors des Investissements d’avenir, de l’informatique en nuage (Cloud).

Dans ce domaine, les pouvoirs publics avaient le choix être deux approches :

  • Une approche visant à susciter l’émergence d’un « champion national » en vue de fournir une alternative nationale et «souveraine» aux acteurs américains de l’informatique en nuage, qui trustent le marché.
  • Une approche visant a stimuler l’innovation, afin d’explorer la diversité des formes possibles de Cloud

C’est cette première approche qui a été retenue en 2011 par le Commissariat General à l’investissement (CGI) avec un appel à projets qui devait, dans un premier temps, donner naissance à une co-entreprise réunissant l’État, (un tiers du capital à hauteur, de 135 millions d’euros par le biais des investissements d’avenir du Grand Emprunt), Thalès (13,3 % avec un apport de 30 m€), Orange / France Télécom (26,7 %) et Dassault Systèmes 26,7 %. Pour des raisons obscures, en décembre dernier, Dassault Systèmes se retirait du projet Andromède.

À l’issue d’un long feuilleton politico-industriel, deux consortiums étaient finalement retenus : Numergy (associant SFR et Bull,) et Cloudwatt (associant Thalès et Orange), chacun bénéficiant d’un apport de l’État, via la Caisse des Dépôts et Consignations, de 75 millions d’euros.

Le choix de ces deux sociétés a suscité plusieurs controverses.

Risque de concurrence déloyale, du fait de la participation de l’État, pour les acteurs (PME ou acteurs de taille moyenne) déjà présents sur ce marché : 400 acteurs, dont une vingtaine dans les services d’infrastructure. Selon Jules-Henri Gavetti, PDG d’Ikoula, un hébergeur informatique de 50 personnes et 6 millions de chiffre d’affaires, « ces grands acteurs nous concurrencent déjà, et je n’y trouve rien à dire. C’est de la concurrence saine. Ce qui me choque, c’est de les voir remettre les mêmes offres avec des deniers publics. C’est de la concurrence déloyale. S’ils se cantonnaient aux marchés des administrations et grandes entreprises sensibles, comme c’était annoncé au départ, je le comprendrais. Mais aujourd’hui, ils veulent attaquer tous les segments de marché, y compris celui des PME et ETI sur lequel nous sommes présents« . (Usine Nouvelle)

Fragilisation du tissu des PME françaises du Cloud, suite aux tentatives de débauchage de salariés. Selon le fournisseur d’hébergement cloud Gandi, les deux consortiums auraient tenté de recruter les employés des acteurs en place pour des compétences dont ils ne disposaient pas. « Il faut que les gens sachent que leurs impôts servent à des entreprises pour débaucher des gens d’autres qui fonctionnent… Les grands groupes sont plus rassurants pour l’État, avec des milliers d’ingénieurs mais incapables de faire ce que nous faisons avec 50… » (ZDnet

Ce qui est fait est fait.

Maintenant que l’État a financé deux infrastructures Cloud (en espérant qu’elles seront robustes), la question du « dégroupage » de ces infrastructures souveraines, ce « bien public » largement financé sur fonds publics, mérite d’être posée.

Les pouvoirs publics pourraient exiger des deux consortiums qu’ils mettent ces capacités à la disposition d’autres entreprises, PME notamment, pour leur permettre de développer et commercialiser des offres de service autour de ces capacités.

Naturellement, les deux opérateurs devraient publier des tarifs d’interconnexion à cette infra, et s’imposer le respect de ces tarifs à eux-mêmes quand ils agissent en tant que revendeurs de ces capacités. Et quand ils l’utilisent pour leurs besoins propres.

Le parallèle avec l’ADSL s’impose. Il a permis à l’Internet haut débit de se développer. Et permis à Free de créer sa technologie ADSL/IP dans les répartiteurs et à l’ADSL français d’être compétitif.

L’appel à projets prévoyait, d’ailleurs, que les projets devraient prendre en compte l’interopérabilité et l’ouverture, notamment par une approche en open source : « L’interopérabilité, la modularité et la compatibilité des solutions proposées avec les autres couches logicielles ou les différents types d’infrastructure seront systématiquement recherchées. Par ailleurs, afin de garantir le caractère réutilisable des briques technologiques issues des projets de R&D, l’opportunité de l’emploi et du développement de logiciels open source devra avoir été examinée, dès lors que ce modèle reste pertinent dans les contextes technologiques et économiques concernés ». (Texte de l’AAP informatique en nuage – cloud computing)

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3 réponses à “Cloud Souverain : vers un dégroupage de Numergy et Cloudwatt ?

  1. Pingback: Une pétition pour dégrouper le Cloud Souverain | Cloudnews

  2. Bonjour,

    Je ne comprends pas.
    Pour l’ADSL, l’infrastructure existait et appartenait à l’Etat.
    Pour le Cloud, l’infrastructure existe aussi mais appartient à des acteurs privé.
    Ces projets publics n’ont dans le cas que vous citez aucun intérêt.

    Pour information, Amazon et Microsoft auront investi minimum 1 000 000 000 $ juste dans leur infrastructure en 2012.

    Donc la puissance de frappe n’est en rien un bonne axe de développement.

    Ce projet a encore été fait sans consultation des acteurs en place.

    Cordialement,

    Jules-Henri Gavetti

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