Pistes pour relancer l’innovation : concours et défis

Depuis quelques années, entreprises, gouvernements, ONG et fondations renouent avec la vieille tradition des competitions et des défis, dotés de récompenses  : concours d’applications, concours d’innovation, défis  (challenges)  orientés  autour d’un problème à résoudre, concours ‘à cahier des charges ».

Ce retour  des concours d’innovation tient, selon Armand Hatchuel, « à la multiplication des domaines où l’innovation est requise, à la nécessité d’explorer des concepts en rupture, et à la puissance des plates-formes d’échanges sur la Toile ». Il rappelle que « les concours d’art et d’architecture remontent à l’Antiquité. Ils visaient à révéler les talents et les oeuvres d’exception. Avec la révolution industrielle, la pratique s’est étendue aux défis techniques. Etats et mécènes se sont efforcés de susciter des innovations techniques là où rêves et besoins semblaient peu explorés.

Les premières locomotives, le premier vol transatlantique sont ainsi issus de concours restés célèbres. Au XXe siècle, ces concours se font plus rares. Les grandes entreprises se dotent d’équipes d’ingénierie et de recherche qui conçoivent en interne et en toute propriété leurs produits innovants. Quant aux Etats, ils substituent les appels d’offres aux concours, laissant aux entreprises le risque d’innover dans leurs réponses ».

Dans le sillage du concept  d’innovation ouverte, le principe des concours « à cahier des charges »  a refait apparition. Souvent appelés « challenges », ces concours visent à trouver des solutions à des problèmes ( « des défis à relever »), à  explorer de nouvelles pistes ou a faire emerger concepts applicatifs innovants

Sans doute convient il de distinguer, dans ces demarches d’innovation ouverte, plusieurs types de « concours »

Les défis destinés à provoquer des percées radicales

Une fondation, la Fondation X Prize se consacre au lancement de compétitions et de haut niveau qui poussent des individus de toutes nationalités à résoudre « les grands problèmes de notre époque ». La dotation de ces concours se compte en plusieurs millions de $, captant ainsi l’imaginaire public de manière à attirer l’attention sur le but fixé. Les X Prize ont pour objectif de créer des percées dans le domaine de l’exploration spatiale, la médecine, l’énergie, l’automobile ou la protection de l’environnement[1].

L’Ansari X Prize, doté de dix millions de $, visait à démontrer que le vol spatial peut être abordable et accessible aux civils et aux entreprises : doté de dix millions de $, il souhaitait ouvrir la voie aux vols spatiaux commerciaux et au tourisme spatial. Créé en 1996, il a été remporté par SpaceShipOne le 4 octobre 2004.

Le Tricorder X Prize, annoncé en juin 2011, vise à mettre au point un appareil mobile capable de diagnostiquer de nombreuses pathologies. Baptisé Tricorder, en référence à l’appareil médical utilisé dans la série Star Trek, ce concours se donne l’objectif de stimuler et d’accélérer le développement de solutions mobiles capables d’établir des diagnostics en s’appuyant sur des systèmes experts ou d’imagerie médicale avancés, des capteurs sans contact ou encore les dernières avancées en matière de microfluide. Le concours devrait être lancé en 2012, en collaboration avec l’entreprise technologique Qualcomm, et sera doté de 10 millions de $

Les défis destinés à mobiliser la recherche autour d’un objectif ambitieux sur un horizon temporel long

Le programme « technologies futures et émergentes » (Future and emerging technologies FET), lancé par l’Union Européenne en 2011, s’inscrit dans cette démarche. L’Union Européenne envisage, à l’issue d’une compétition, d’attribuer en 2013 un budget global de 1 milliard d’euros sur dix ans à deux projets de recherche. Jusqu’à mai 2011, il y avait 23 candidats pour relever le défi. Six ont finalement été choisis pour une première phase dotée de 10 millions d’euros:  Accélérateur de connaissances et système de gestion des crises , Science et technologies du graphène pour les TIC et au-delà, Anges gardiens pour une planète plus intelligente, Projet « Cerveau humain, Avenir informatique de la médecine, Robots de compagnie.

C’est finalement le projet « Cerveau humain » (Human Brain Project),qui a été retenu. Son objectif est de modéliser le cerveau humain. Pour cela, il l’étudiera dans toutes ses dimensions. Ces données seront compilées dans un Institut européen de neurosciences théoriques, afin de mieux comprendre le fonctionnement cérébral pour diagnostiquer les maladies nerveuses et trouver des traitements.

Les défis orientés vers la recherche d’une solution à un problème bien délimité

Cette démarche d’innovation ouverte est désormais à l’origine d’un nouveau type de compétition, ciblé autour d’un « défi à relever » ou d’un problème à résoudre. Souvent appelés « challenges », ils visent à explorer de nouvelles pistes et des concepts applicatifs innovants. En France, la SNCF a organisé en 2010 un concours qui visait à imaginer l’application mobile utile aux chefs de bord des TGV.

Les « challenges » destinés à faire émerger des concepts applicatifs innovants

Le gouvernement fédéral américain a ouvert en septembre dernier la plateforme collaborative challenge.gov pour associer les citoyens à la résolution de problèmes. On peut y trouver une liste de concours avec les prix correspondants.

Plusieurs agences ont utilisé Challenge.gov pour susciter des applications sur des thèmes comme la lutte contre la grippe, l’évaluation de la qualité des soins médicaux, le suivi médical des anciens combattants, la prévention du cancer. Près de 300 challenges ont ainsi été lancés, dont 47 dans les domaines de l’énergie et de l’environnement.

Les concours d’applications pour valoriser les données publiques ouvertes

Les concours organisés par les États et les collectivités publiques visent généralement à promouvoir la réutilisation des données qu’ils mettent à disposition, généralement au travers d’une plateforme dédiée, comme data.gov aux États-Unis, data.gov.uk et data.gouv.fr en France.

Cette démarche a été initialement lancée par la ville de Washington en 2008.”Apps for Democracy” visait à susciter la création d’applications de service public sur le web ou spécifiquement sur les mobiles. La ville avait préalablement ouvert une plateforme ou les développeurs pouvaient librement s’approprier des ensembles ou « jeux » de données municipales mis à leur disposition pour l’occasion. Apps for Democracy a aussi fait école : les concours d’applications se sont développés par la suite dans de nombreuses villes et régions du monde.

Les concours « ouverts » visant à susciter le développement d’applications d’intérêt général

Au cours de ces dernières années, les ONG, les fondations ou les organisations internationales ont pris la mesure du levier que représentent les technologies mobiles pour la réalisation de leurs objectifs dans les pays en développement.

Elles sont à l’origine d’un grand nombre de concours qui visent à susciter des applications dans les domaines de la santé, du développement social et de l’éducation. Souvent co-organisés par des associations professionnelles (comme le GSM Association qui regroupe 850 opérateurs de téléphonie mobile à travers 218 pays) ou des industriels.

Cette démarche n’est plus réservée aux seuls pays pauvres. Des Fondations s’associent désormais aux pouvoirs publics des pays développés pour organiser des concours d’applications destinées aux populations défavorisées. Cela a été le cas pour « Apps for Communities » qui visait à développer de nouveaux services pour les foyers aux plus faibles revenus aux États-Unis.

L’accent est souvent mis sur la réalisation de services pour les téléphones mobiles, notamment basés sur les SMS, en raison de la plus faible diffusion des smartphones dans les pays pauvres et dans les populations défavorisées des pays riches.

Les marathons logiciels (hackatons)

Certains concours s’inspirent de la démarche des « coding parties », ces réunions qui réunissent des développeurs qui collaborent (« sprints ») ou rivalisent (« hackhatons ») pour développer un logiciel. Ce genre d’événement peut se dérouler en 24 ou 48 heures, voire en une semaine.

En plus de favoriser les rencontres entre développeurs, l’un des objectifs que poursuivent ces concours réside dans la visibilité – « l’exposition » – que confère aux développeurs la sélection de leur projet. Ces concours proposent aux participants des tablettes numériques ou d’autres matériels et aux gagnants un voyage gratuit pour assister à un séminaire ou le droit de présenter leur application dans des conférences réputées.

Ces hackhatons peuvent être organisés par des opérateurs (comme At&T qui organise des MobileAppsHackhatons), des promoteurs de l’Open Data (comme « Hack de Overheid » aux Pays-Bas), une conférence (comme l’AppJam, organisé dans le cadre de l’App Development Conference).

Le programme « Eau et assainissement » de la Banque Mondiale a ainsi organisé en 2011 des« hackathons » dans 10 villes dans le monde autour des problèmes de gestion de l’eau. 113 problèmes à résoudre avaient ainsi préalablement identifié et formalisé avec des experts de la Banque mondiale et des spécialistes de l’eau (gouvernements, ONG, professionnels).


Exemples de défis orientés vers la recherche d’une solution à un problème bien délimité

Quelques « challenges » destinés à faire émerger des concepts applicatifs innovants

QUELQUES  concours d’applications pour valoriser les données publiques ouvertes

QUELQUES concours « ouverts » visant à susciter le développement d’applications d’intérêt général

Deux cas de marathons logiciels (hackatons)

 

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