Obama est-il trop « West Wing » ou pas assez ?

La série The West Wing (A la Maison Blanche)  a  démarré en 1999. A partir de l’élection de George Bush Junior, en 2000, « West Wing » bénéficia d’audiences exceptionnelles pour une série aux scénarios sophistiqués et aux dialogues exigeants : elle suscita des phénomènes très singuliers d’adhésion dont témoignent toute une série de blogs. Visiblement, une partie du « peuple démocrate » se sentait mieux gouvernée et représentée par ce « Président virtuel ».

De 2000 à 2006 (quand la série fut interrompue),  il ne serait venu à l’esprit d’aucun journaliste de comparer  George Bush et Jed Bartlet, tant la Présidence virtuelle du second s’imposait comme le contre-modèle de la Présidence bien réelle du premier.

Pendant la campagne présidentielle de 2008,  les journalistes et les blogueurs politiques se prirent au jeu de recenser les analogies entre le candidat Obama et le candidat Matt Santos dans West Wing.

Après l’election,  plusieurs vidéos détournérent le générique de West Wing pour faire défiler les principales figures de la nouvelle administration.

Ainsi, quand Obama nomma Rahm Emanuel Chief of Staff à la Maison-Blanche,  la presse  signala que les scénaristes de West Wing s’étaient inspirés de Rahm Emanuel pour camper le personnage de Josh Lyman .Quand Barack Obama désigna une magistrate latino  à  la Cour suprême, plusieurs journaux rappelérent qu’avant lui,  Jed Bartlet avait désigné un hispanique pour ce même poste : Roberto Mendoza.

Le pli était pris. On prit ainsi l’habitude d’appeler  « Real West Wing » ce qui se passait à la Maison Blanche.

L’équipe de communication activa ce même ressort en baptisant « West Wing Week » le blog video diffusé chaque semaine sur le site de la Maison Blanche « Your guide to everything that’s happening at 1600 Pennsylvania Avenue ». « West Wing Week » met en scéne, en 5 à 7 minutes, de maniére très vivante les principales initiatives politiques mais aussi les anecdotes de la Maison Blanche.

Bref : dans le petit jeu des rapprochements entre les deux West Wing, le réel et celui de la fiction, on attachait une valeur positive au West Wing de fiction.

Dans le New York Times, le 30 septembre, quelques jours avant les élections de mi-mandat, Maureen Dowd reproche à  Barack Obama de se comporter comme s’il se prenait  pour un personnage de la série télévisée.

« Barack Obama est devenu président en racontant avec brio sa propre histoire. Pour rester président, il aura besoin de montrer qu’il peut comprendre notre histoire.Au début, c’était excitant de se dire  qu’Obama, démocrate « brainy »  et cultivé, n’aurait pas déparé dans un épisode de  « West Wing ».  Le probléme, aujourd’hui, c’est qu’il se comporte comme s’il se prenait pour un personnage de « West Wing » dont la  droiture est récompensée  dans les derniéres minutes de l’épisode. Hey, mec, tu es un homme politique. Agis comme tel ».

Etrange retournement. Se comporter comme un personnage de West Wing serait désormais synonyme de « cérébralité » et de « coupure » avec la réalité. Si Obama est « trop » West Wing pour l’éditorialiste du New York Times, il y a pas mal de démocrates qui doivent penser qu’il ne l’est pas assez.

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