Pourquoi si peu de fictions présidentielles en France ?

La diffusion de « Mr President » a réactivé une question lancinante : à quand un West Wing à la française ? Et plus généralement : pourquoi le cinéma et la télévision hésitent-ils à mettre en scène en Président de la République ?

Le recensement des fictions présidentielles françaises est rapide.

Côté télévision, la dernière tentative de mettre en scène un Président de fiction (une Présidente en l’occurrence) remonte l’Etat de Grâce. Le « Le Grand Charles » de Bernard Stora reconstitue de la traversée du désert du Général De Gaulle, mêlant images d’archives et scènes reconstituées avec des comédiens, sans jamais verser dans l’hagiographie.

Côté cinéma, Le Président, d’Henri Verneuil (1961), avec Jean Gabin a fait date, sans faire école.
Encore ce Président n’est il que Président du Conseil.
Si Simenon s’était inspiré de Clémenceau, Michel Audiard glissa de nombreuses allusions au Général de Gaulle.

La figure du Général de Gaulle apparaît dans une dizaine de films au cours des années 60 et 70, sans être au cœur du récit. L’acteur Adrien Cayla-Legrand lui prêtera ses traits à cinq reprises, tant dans des productions françaises (Martin soldat, L’Armée des ombres, Le Bon et les méchants, La Carapate) que dans des coproductions internationales (The Day of the Jackal).

En 1976, Joel Santoni, dans Les Oeufs brouillés évoque, de manière assez anecdotique, le Président Giscard d’Estaing prenant un petit déjeûner avec trois éboeurs, puis s’invitant à dîner à la table d’un couple de Français moyens.

Avec le Bon Plaisir, en 1983, Francis Girod met en scène en Président qui tente d’empêcher la presse de révéler qu’il est père d’un enfant illégitime. Allusion voilée à François Mitterrand car le public ignorait l’existence de Mazarine en 1983. Françoise Giroud, s’était beaucoup inspirée de son passage dans un gouvernement giscardien pour dépeindre les sphères du pouvoir.

Les années 2000 marquent peut être un tournant, avec pas moins de trois fictions présidentielles.

Le Promeneur du Champ de Mars de Robert Guédiguian en 2005 met en scéne François Mitterrand conversant, à la fin de ses jours, avec un jeune journaliste sur le sens de la vie. Le Promeneur esquive au final la dimension proprement politique du personnage.

Le Président de Lionel Delplanque en 2006, avec Albert Dupontel, s’attaque de front à la figure présidentielle en prenant soin de la décontextualiser. On ignore jusqu’au nom du Président. Delplanque y aborde les dilemmes du pouvoir suprême, mais aussi ses ressorts : l’ambition, la capacité d’agir, ce qui subsiste des convictions initiales. Un peu à la mode américaine, le récit entremêle l’enjeu de la réélection, une tentative d’assassinat, l’étouffement d’un scandale d’état et d’une affaire de corruption, la menace d’une destitution.

Le Candidat de Niels Arestrup, en 2007, met en scène un jeune responsable politique qui remplace au pied levé le candidat de son parti, contraint de se retirer pour cause de cancer. Au lendemain du premier tour, il ne lui reste qu’une semaine pour préparer avec son équipe rapprochée, dans manoir, à la campagne, le débat télévisé qui l’opposera à son adversaire.

Thierry Vedel s’interrogeait sur « cette différence d’intérêt en France et aux Etats-Unis. Notre système semi-présidentiel, avec toutes ses originalités institutionnelles, aurait-il un potentiel cinématographique moins grand que le système présidentiel américain ? L’histoire de la Veme République et la personnalité de nos présidents successifs constituent pourtant une matière d’une grande richesse dramatique propre à nourrir l’inspiration de réalisateurs ».

Parmi les explications, il évoque « les mécanismes de financement des films français, qui reposent en partie sur des aides publiques, dissuaderaient implicitement les réalisateurs de s’intéresser de trop près aux rouages l’Etat. En outre, la représentation du chef de l’Etat serait considérée comme un domaine protégé (dans l’esprit de la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui punit l’offense par tout moyen, écrit ou de communication audiovisuelle, au Président de la république). »

(A suivre)

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