Faut-il avoir été militaire pour être Commander in Chief ? (2)

John McCain a fait de son passé militaire un ressort essentiel de sa campagne, jetant le doute sur les capacités de Barack Obama comme commandant en chef. Barack Obama était bien trop jeune pour partir au Vietnam. En outre, le service militaire n’existait plus quand il était en âge de « servir ».

Fils et petit-fils d’amiral, John McCain opère sur un triple registre.

- Pilote de l’aéronavale, son comportement comme « Prisoner of war » (POW) au Vietnam atteste de son courage et de son patriotisme. (Voir Mc Cain, War hero)
- Ayant eu l’expérience du combat, il aura à coeur de ne pas gaspiller des vies américaines. »Seuls un imbécile ou un escroc parlent de la guerre de manière romantique. Alors que je n’avais que cinq ans mon père est parti pour la guerre. Quand mon grand-père est rentré à la maison de la guerre, il est mort le lendemain. J’ai été blessé par balle au Vietnam et j’ai passé cinq ans comme un prisonnier de guerre ». (Voir McCain marie l’esthétique de Bruckheimer et l’éthique de John Wayne)
- Enfin, son expérience militaire le qualifie pour prendre les décisions suprémes qui engagent l’avenir et la sécurité du pays. (La nature exacte de ses compétences militaires est d’ailleurs controversée).

John Kerry, en 2004, avait lui aussi mis en avant son passé militaire. (Karl Rove et les Républicains n’avaient pas hésité à mobiliser des vétérans du Vietnam pour jeter le doute sur les états de service du Sénateur du Massachusetts).

Des 43 Présidents des Etats-Unis, seuls 25 étaient passés par l’armée.

Le fait d’être passé par l’armée constitue t il un atout pour se faire élire ? Faut il avoir une expérience militaire, voire une expérience du combat, pour exercer la fonction suprême de Commander in Chief ?

Pour répondre à cette même questions, le citoyen puisera dans sa mémoire : une mémoire largement modelée par les fictions présidentielles, que celles-ci mettent en scène des Présidents historiques ou des Présidents imaginaires.

Les citoyens américains savent sans doute (au moins grâce à desfilms et des séries TV) qu’Eisenhower était général et JFK un héros de la guerre dans le Pacifique.

Les plus âgés auront peut être en mémoire que Franklin D. Roosevelt avait été secrétaire adjoint à la marine du président Woodrow Wilson, que Lyndon Johnson, Richard Nixon, Gerald Ford et George H. Bush servirent en temps de guerre dans la marine. (Jimmy Carter fut officier de carrière sur un sous-marin nucléaire. S’agissant de Ronald Reagan, le souvenir est probablement plus confus : Reagan a bien été mobilisé en 1942 mais ce fut pour « jouer la guerre » à Hollywood.

Ceux qui s’intéressent aux campagnes de 2000 et 2004 se souviennent probablement que John Kerry comme Al Gore servirent au Vietnam ( à la différence de George W. Bush, prudemment affecté à la Garde Nationale).

Au delà des souvenirs d’école et des campagnes électorales, c’est sur la base de fictions présidentielles que le citoyen américain risque, probablement, de se forger une opinion quant à l’utilité d’avoir une expérience du combat pour exercer la fonction de Chef des armées.

Ce sont alors les images de blockbusters qui risquent alors de prévaloir : celle du Président Thomas J. Whitmore (Bill Pullman) dans Independence Day, ou du Président James Marshall (Harrison Ford ) dans Air Force One, ancien marine.

S’agissant des « Prime-Time Présidents » les plus populaires (pour reprendre l’expression de Trevor Parry-Giles and Shawn J. Parry-Giles pour désigner les Présidents dans les séries TV), aucun n’a de passé militaire.

Rien n’indique que le Président Palmer de 24 heures soit passé par l’armée. En revanche, dans l’esprit du public, un brouillage s’opère fatalement entre l’acteur Dennis Haysbert (qui a souvent incarné des policiers et des militaires, notamment dans la série The Unit, une unité militaire secrète inspirée de la Delta Force) et le personnage qu’il incarne dans 24 heures.

Le Président Josiah Barlet est un civil qui est passé de l’Université à la politique. Intimidé, dans un premier temps, à l’idée de devoir prendre des décisions qui engagent la vie de citoyens de soldats américains, il impose trés vite son autorité sur les chefs militaires, à commencer par l’Amiral Percy Fitzwallace, chef d’etat-major interarmes, avec qui se noue une relation de confiance.

La Présidente McKenzie (Geena Davis) dans Commander in Chief n’a, elle aussi, aucune expérience militaire. C’est d’ailleurs l’un ressorts de la série que de savoir comment une femme va exercer la fonction de Commander in Chief (d’oû le titre) et s’imposer face aux chefs militaires.


Scott Baron souligne qu’avoir été un général célèbre ne garantit en rien de se faire élire : Winfield Scott Hancock et Douglas MacArthur concoururent à la Maison Blanche sans succès.

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