Romantisme parlementaire

Alors que l’Assemblée commence l’examen de la réforme du travail législatif, qui prévoit une limitation de la durée des débats et du droit d’amendements, l’UMP raille l’obstruction parlementaire dans un clip video. Sous le titre « quand opposition rime avec obstruction », le clip de l’UMP montre Marcel Rogemont entretenant ses collègues sur la cuisson du homard. Habilement, il met  aussi en scène la droite durant les débats sur la loi de l’enseignement supérieur (1984) ou encore le Pacs (1998).

Le Parti socialiste a répliqué quelques heures plus tard avec sa propre vidéo (disponible ici en trois volets), très démonstrative autour d’une idée-force : sans le droit d’amendement nombre de textes de loi, à commencer par le CPE,  serait passé sans que les Français en soient informés.

Je n’ai pas un  point de vue tranché sur cette réforme. Le « filibustering » présente deux visages.

Le premier  est quasiment technique :  le traitement de texte permet désormais de générer des milliers d’amendements. Le PS  a déposé 4.400 amendements sur le travail dominical, pour protéger des professions improbables comme les accouveurs (personne permettant de faire incuber et éclore des œufs dans des couveuses artificielles), les boisseliers (artisan qui fait des ustensiles de ménage en bois) ou les calfats (ouvrier qui améliore l’étanchéité des bateaux).

Le second est romantique : c’est le parlementaire qui, armé de son seul courage, fait face à une majorité hostile.

Dans le film de Franck Capra Mr. Smith au Sénat (1939), le pur et naïf Jefferson Smith (James Stewart), nommé pour remplacer un sénateur décédé, se bat contre la corruption et le cynisme de Washington. Il prend la parole au Sénat et ne la lâche plus,  jusqu’à s’effondrer, épuisé.

En 1957, Strom Thurmond  avait obstrué le Civil Rights Act en parlant pendant 24 heures et 18 minutes sans s’asseoir ni même boire un verre d’eau. Christine Boutin avait occupé en 1998 la tribune pendant 5H25 pour dénoncer le PACS…

Ces actes d’héroisme parlementaire ont naturellement inspiré les scénaristes de West Wing. Dans l’épisode 17 de la saison 2 c’est un vieux sénateur démocrate,  Howard Stackhouse, qui entreprend, tout seul et contre toute attente, de  bloquer l’adoption d’un texte budgétaire.  Stackhouse  lit des recettes de cuisine, des pages de Dickens, les règles de divers jeux de cartes.  Ses collègues doivent retarder leur départ en week-end. Les conseillers de Bartlet finissent par comprendre que le Sénateur du Minnesota a un petit-enfant autiste et qu’il proteste ainsi contre le refus de la Maison Blanche d’accorder des crédits pour la recherche médicale sur l’autisme.  A l’instigation de Bartlet, des sénateurs démocrates posent à Stackhouse des questions pour lui permettre de se reposer et de s’assoir …Les crédits de recherche  seront finalement attribués, permettant au vieil homme de suspendre son marathon.

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