Archives mensuelles : juin 2008

Castings présidentiels et carrières politiques de celluloïd

Franklin Roosevelt a dit, un jour, à Orson Welles : « il y a deux grands comédiens dans ce pays aujourd’hui : vous êtes l’autre ».
Norman Mailer, décrivant l’arrivée de John Kennedy à la Convention démocrate en 1960 (il est encore candidat à la candidature) compare celle-ci à une scène de cinéma :
« it was the scene where the hero, the matinee idol, the movie star comes to the palace to claim the princess ». Et Mailer de conclure :« la politique américaine allait devenir le film préféré des Américains».
Une prédiction lumineuse, qui se confirma avec Ronald Reagan. L’ex-responsable syndical des acteurs d’Hollywood ne faisait pas mystère des liens évidents entre la politique et l’art de la comédie. Il reconnaissait volontiers qu’il continuait à « jouer un rôle » dans ses fonctions à la Maison Blanche. « Il y a des moments où je me demandais comment il était possible de faire son travail de président sans avoir été acteur auparavant. » Ronald Reagan rappelait ainsi une donnée majeure de la vie politique : l’utilisation des techniques du show-business dans la conduite d’une campagne et d’un débat électoral.
Evan Cornog va plus loin : il compare l’élection présidentielle à une séance de casting (
« A casting session on a national scale« ) qui permet au public de jauger les capacités des candidats pour jouer le rôle du Président.

Comment les producteurs et les metteurs en scène choisissent ils les acteurs pour incarner le Président dans les fictions présidentielles ?

1. Il arrive que les studios fassent appel à des « stars », ces figures qu’Edgar Morin qualifiait d’olympiennes, parce que vivant , comme les Présidents (et les Rois) « au-dessus du commun des mortels ». Mais cela reste l’exception.

  • Sidney Lumet fit appel en 1964 à Henry Fonda pour incarner un Président directement inspiré de John Kennedy dans Point limite (Fail-Safe). Une partie du public avait encore en tête son interprétation du jeune Abraham Lincoln dans « Vers sa destinée » de John Ford. Henry Fonda nouait ainsi, dans l’esprit du public, les images de Kennedy et celle du Président Lincoln. Le public avait aussi en tête l’intègre et irréprochable Robert Leffingwell dans Advise and Consent en 1962 : désigné par le Président pour devenir secrétaire d’Etat, il doit faire face aux réticences (aux relents maccarthystes) de puissants sénateurs. En 1964, dans The Best Man (Que le meilleur l’emporte),Henry Fonda avait incarné un candidat à la Présidence qui refusait d’utiliser de sales méthodes pour écarter son concurrent. Henry Fonda réendossera l’habit présidentiel une derniére fois , en 1979, dans Meteor.
  • En dépit se sa ressemblance avec Abraham Lincoln, les studios ne firent appel à Gregory Peck qu’une seule fois, en 1985, pour la minisérie TV The Blue and the Gray.
  • Si les studios firent appel à Harrison Ford pour jouer le Président Ryan dans Air Force One, leur choix était partiellement guidé par une contrainte de cohérence puisqu’Harrison Ford avait déja incarné Jack Ryan dans Patriot Games (en 1992) et dans Clear and Present Danger en 1994. Rob Reiner fera appel en Michael Douglas pour le Président Shepherd en 1995 dans The American President.


2. S’il n’est pas inutile d’être une star pour incarner le Président, c’est loin d’être une condition préalable.

En fait, il semble que s’est constituée, au fil des années 80 et 90 une petite cohorte d’acteurs, qui de film en film, de rôle en rôle (conseiller du Président, Secrétaire à la Defense, Conseiller pour la sécurité nationale, Chief of Staff) circulent dans les allées du pouvoir et les couloirs de la Maison Blanche.

Aprés avoir incarné dans de nombreux films des personnages exerçant des fonctions d’autorité (juge, procureur, officier, directeur d’une agence civile) ou de membre du Congrès, ils gravissent un à un les échelons d’une carrière politique qui les conduit, in fine, à la Présidence (souvent, aprés un étape à la Vice-Présidence).

  • Donald Moffat après avoir incarné Lyndon B. Johnson dans « The Right Stuff » incarne le Président Bennett dans « Clear and Present Danger ».
  • Edward Hermann incarne Franklin D. Roosevelt dans « Eleanor and Franklin » avant d’être le Président Arthur Fellwick dans « Atomic Train »
  • James Cromwell a joué le Président Robert Fowler dans The Sum of All Fears en 2002 et l’ex-Président Newman dans The West Wing, George Bush Père dans W d’Oliver Stone (tournage en cours).
  • Gene Hackman joue le conseiller politique d’un candidat dans Les Coulisses du pouvoir (Power) en 1986, le Secrétaire à la Défense dans Sens unique (No Way Out) en 1987, le commandant d’un sous-marin dans USS Alabama (Crimson Tide) en 1995, le Président Président Allen Richmond dans « Absolute Power » (les Pleins pouvoirs) en 1996, un Amiral dans Behind the enemy lines en 2001, l’ex-Président Monroe Cole dans Welcome to Mooseport en 2004.
  • Alan Alda incarne le Président dans l’étonnant « Canadian Bacon » de Michael Moore en 1995, puis le candidat républicain Arnold Vinick dans « West Wing », en 2006.
  • Martin Sheen a successivement interprété Robert Kennedy en 1974 (The Missiles of October), John Kennedy en 1983 (Kennedy), le Chief of Staff du Président Shepherd en 1995 (Le Président et Miss Wade), avant d’incarner le Président Jed Bartlett dans West Wing.
  • Richard Dreyfuss avait (brillamment) incarné le Sénateur Bob Rumson dans The American President (Le Président et Miss Wade), Alexandre Haig, le Chief of staff de Ronald Reagan dans le téléfilm The Day Reagan Was Shot, puis le Président dans l’impressionnant remake de Fail Safe (Point limite) de Stephen Frears en 2000. Il avait joué le Président d’une République bananiére dans Moon Over Parador en 1988. En 2008, il joue le rôle Dick Cheney dans W d’Oliver Stone.

 

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Oliver Stone fait appel à Richard Dreyfuss pour incarner Dick Cheney

Le tournage a démarré le 12 mai. La sortie est prévue pour Octobre 2008.

C’est Richard Dreyfuss qui joue le rôle Dick Cheney dans « W » , le film d’Oliver Stone sur George Bush Jr, déja commenté ici
James Cromwell (qui avait joué le President Robert Fowler dans The Sum of All Fears en 2002 et l’ex- President Newman dans The West Wing) a été retenu pour jouer George Bush Père.

Richard Dreyfuss avait déjà (brillamment) incarné le Sénateur Bob Rumson dans « The American President (Le Président et Miss Wade), Alexandre Haig, le Chief of staff de Ronald Reagan dans le téléfilm The Day Reagan Was Shot, puis le Président des Etats-Unis dans l’impressionnant remake de Fail Safe (Point limite) de Stephen Frears en 2000. Il avait joué le Président d’une République bananiére dans Moon Over Parador en 1988.

Richard Dreyfuss et James Cromwell rejoignent ainsi la petite cohorte d’acteurs, qui de film en film, et de rôle en rôle (conseiller du Président ou membre du Cabinet, Procureur, Chief of Staff, sénateur, vice-président) circulent dans les allées du pouvoir (Congrés, Maison Blanche, Pentagone ou agences civiles) et gravissent un à un les échelons d’une carriére politique qui les conduit, in fine, à la Présidence.

"Recount" sur HBO ravive les inquiétudes sur un systéme électoral "dysfonctionnel"

« Chaque voix compte ! » C’est le cri de rage, désespéré et furieux, de Ron Klain, le responsable de la campagne d’Al Gore qui ne veut pas accepter la réalité de la défaite de son candidat dans la présidentielle 2000, après que la Cour suprême a interdit le recompte des bulletins en Floride.

Le 25 mai au soir, un million d’Américains ont suivi avec fascination, sur la chaîne câblée HBO, Recount , un docudrama reconstituant de manière poignante la bataille de Floride qui a permis à George W. Bush de voler l’élection de 2000. Al Gore avait recueilli 500.000 voix de plus dans le vote populaire. Il aurait très probablement remporté la Floride si la Cour suprême n’avait pas interrompu le recompte des voix. Servi par une pléiade d’acteurs tels que Kevin Spacey, John Hurt et Denis Leary, lefilm made in HBO va mélanger des images d’archives et des dialogues réels avec de la fiction, et examinera le déroulement de l’élection jusqu’à la décision de la Cour Suprême, dans la bataille entre George W. Bush et Al Gore à la présidence des Etats-Unis.
Hollywood aura attendu huit ans pour revenir sur cet épisode sombre de l’Histoire américaine : une succession de « dysfonctionnements » convergents qui s’apparentent à un « coup d’état légal ».
Harvey Wasserman suggère à HBO, dans le Huffington Post, de s’attaquer à l’épisode 2 : l’élection de 2004, marquée elle aussi par une accumulation d’irrégularités manifestes, notamment dans plusieurs des états les plus disputés. L’élection controversée de 2004 a fait l’objet d’un excellent documentaire de David Earnhardt: Uncounted: The New Math of American Elections.

Harvey Wasserman espére qu’il ne sera pas nécessaire de produire un épisode 3, si de telles irrégularités devaient se reproduire en 2008.
La perspective d’une fraude électorale en 2008 (comme celle de l’assassinat d’Obama) est présente dans les esprits.Au coeur des inquiétudes, les procédures d’inscription sur les listes électorales, mais aussi les machines à voter. L’utilisation de ces dernières lors des primaires danhttp://www.blogger.com/img/gl.link.gifs le New Hampshire,en janvier 2008, avait suscité une controverse.