Archives mensuelles : avril 2008

La RMA à travers les fictions hollywoodiennes : exaltation de la supériorité la technologie

L’industrie américaine du cinéma est aujourd’hui la seule, dans le monde, qui continue de produire des films qui de guerre ou qui mettent en scène les forces armées. Hollywood revient régulièrement sur la deuxième guerre mondiale, prototype de la « guerre juste « (« Il faut sauver le soldat Ryan, « Bands of Brothers », Pearl Harbor), le Vietnam, la Guerre du Golfe. La deuxième guerre d’Irak a suscité prés d’une dizaine de fictions, de tonalité plutôt critique.

La guerre est présente à travers plusieurs genres ou sous-genres : films de combat, « POW films », fictions militaires en temps de paix, reconstitutions, à grand spectacle, de grandes batailles, science fiction. Les forces armées américaines ont perçu très tôt l’intérêt de favoriser la production de films de guerre et de combat. Se sont nouées ainsi, des les années 20, des relations de coopération entre les studios et les forces armées. Les forces armées mettent à la disposition des studios du personnel, des équipements (souvent hors de prix, inexistants dans le secteur civil), des bases militaires. En contrepartie, elles s’arrogent un droit de regard sur le scénario. D’emblée, aussi, les relations Hollywood-forces armées se nouent sur fond de rivalité inter-services. La Navy et l’Army (auxquels se joindra plus tard l’Air Force) s’appuient sur Hollywood dans leur compétition. Le Département de la Défense a ainsi contribué à la « militarisation » d’une partie de la production hollywoodienne, qui s’étend désormais au jeu vidéo. Certains analystes évoquent même l’existence d’un « complexe militaro-cinématographique » : le « mili-tainment ».

Les films de guerre, notamment les films de combat dans lesquels un petit groupe d’homme condense la diversité de la nation américaine (un Wasp, un italien, un polonais, un noir) associent l’exaltation de l’héroïsme ordinaire et du patriotisme.

Avec la fin de la guerre froide, un nouveau genre émerge au cours des années 80 et prend son essor dans les années 90 : le thriller géopolitique. Le ressort narratif de ces fictions tourne autour d’une “menace” pour la sécurité nationale : détournement de missiles, trafic de têtes nucléaires, la prolifération d’armes bactériologiques ou le chantage cybernétique. L’inventivité des scénaristes dans la description des “menaces” et des “crises” a pour pendant une grande désinvolture dans la représentation de l’ennemi : mafia, groupe terroriste, “rogue state”. La “crise” est “gérée” au niveau le plus élevé du pouvoir américain (de plus en plus souvent incarné par le Conseiller national de sécurité, quand ce n’est pas le président lui-même) mais se dénoue sur le terrain, avec l’intervention de forces spéciales. La crise révèle, a tous les niveaux du système américain, des tensions et des fractures : entre armes, entre agences civiles et militaires, entre officiers supérieurs, entre pouvoir politique et institution militaire.

A travers cet examen de la place qu’occupent les forces armées, la guerre, les risques et les brèches de la « sécurité nationale » dans le cinéma américain, on se propose de mettre en relief une dimension nouvelle des fictions militaires : l’exaltation de la supériorité technologique des forces armées américaines. Ainsi, l’un des ressorts du succès de Top Gun résidait dans la beauté des batailles aériennes, la performance du couple pilote-machine. Top Gun exhibait l’image de porte-avions capables de projeter la force américaine dans le monde entier, d’une aviation supérieure, de pilotes bien formés. Quand la Guerre du Golfe éclate, trois ans plus tard, le public américain, les images de Top Gun en tête, ne doute pas de la victoire.

Cette exhibition de la performance technique n’est pas totalement nouvelle : l’Armée de l’air avait très tôt permis (et encouragé) les studios à mettre en valeur les performances technologiques de l’Air Force (The Big Lift, Strategic Air Command and A Gathering of Eagles). Ce qui est nouveau, c’est que cette thématique de l’avance technologique (déjà métaphorisée dans Nimitz-Retour vers le futur), envahit désormais tous les compartiments du « film de guerre ».

A travers des films comme Top Gun, ou des séries comme « E-ring » (produite par Jerry Bruckheimer), Hollywood conforte le public américain (et au delà le public mondial) d’une supériorité écrasante fondée sur la technologie.

L’optimisme technologique de ces « projections de puissance » coexiste désormais avec la mise en évidence des « défaillances » et des « bréches » dans les systèmes d’armes les plus sophistiqués. Les productions hollwoodiennes attirent de plus en plus l’attention sur la vulnérabilité de la guerre technologique face à des menaces asymétriques. En ceci, Hollywood apporte une double contribution nuancée aux débats américains sur la Révolution dans les affaires militaires.

Exposé présenté le 18 avril 2008 au séminaire interdisciplinaire EHESS sur les “révolutions/mutations militaires”.

L’âge de McCain n’est peut être pas un "argument de campagne" mais reste un handicap

Né en 1936, John McCain aura 72 ans s’il les électeurs le désignent en novembre. Ce qui ferait de lui le plus vieux président au moment de sa prise de fonctions pour un premier mandat. Ronald Reagan avait 69 ans lors de son élection. Hillary Clinton a 60 ans, Barack Obama 46. Bien que faisant rarement la une des journaux, la question revient régulièrement.
Quand elle ne lui est pas posée directement, comme l’an dernier, lors d’un meeting électoral au New Hampshire, par un jeune étudiant. « Je travaille 24heures sur 24, 7 jours sur 7, je suis très actif, je profite de la vie », avait rétorqué McCain. « Merci de poser la question, petit voyou… « .

L’opinion sait tout de son état de santé : un mélanome qui lui a laissé une longue cicatrice sur le visage, les mauvais traitements subis dans les prisons vietnamiennes. Le sénateur de l’Arizona a choisi l’autodérision. « Je suis plus vieux que la poussière et j’ai plus de cicatrices que Frankenstein », aime-t-il à répéter.

Cette semaine encore, le député démocrate de Pennsylvanie John Murtha, 75 ans, a remis le sujet sur le tapis: « Ce gars est presque aussi vieux que moi, ce n’est pas un job pour un vieil homme ». Réponse de l’intéressé: « Tout ce que je peux dire est que j’admire et que je respecte Jack Murtha. Parle pour toi, Jack. Je vais parfaitement bien ».

L’âge du candidat républicain risque de peser sur l’ensemble de sa campagne.

D’ores et déjà, l’âge de McCain limite sa marge de manœuvre dans la désignation de son co-listier. « Comme il a 71 ans, comme il a déjà souffert d’un cancer et que plus généralement son corps a souvent subi des épreuves, le choix de son colistier sera très, très important… Dans ce cas de figure, vous cherchez véritablement quelqu’un qui, sur une période de huit ans, peut être président » explique l’historien Douglas Brinkley dans le Boston Globe.

L’appareil républicain surveille de près le choix d’un vice-president qui risque de devenir le candidat naturel à la nomination républicaine en 2012 si McCain est empêché de se représenter en 2012 (il aura alors 76 ans). De plus, les électeurs seront attentifs à la personnalité du vice-président dès lors que celui-ci a une chance non-négligeable d’accéder à la Maison-Blanche avant la fin du mandat. Mc Cain risque de perdre l’electorat modéré s’il désignait comme co-équipier une figure de la droite chretienne pour mobiliser la base républicaine (comme Vinick le fait dans la saison 6).

L’accés du vice-président à la fonction suprême, suite à la mort du Président, est d’ailleurs l’un un des thémes de prédilection des fictions présidentielles des derniéres années. Dans la série Commander in Chief, Mc Kenzie Allen devient Présidente, suite à un accident vasculaire cérébral du républicain Theodore Bridges. (Ivan Reitman, dans Dave, Président d’un jour, propose une variante : quand le Président William Mitchell a un malaise cardiaque, c’est son sosie, Dave Kovic, qui se trouve projété dans le Bureau Ovale).

Même si les démocrates n’en font pas un argument de campagne …

Howard Dean a affirmé que le parti démocrate ne ferait pas de l’âge de McCain un argument de campagne. « Ce n’est pas avec l’âge de M. McCain que Mme Clinton a un problème, c’est avec son programme pour l’avenir », a déclaré un porte-parole d’ Hillary Clinton.

Cette problématique de l’âge pèsera encore plus lourd si les démocrates désignent Obama.

John Mc Cain a t il regardé la saison 7 de West Wing ?

Les amateurs de West Wing ont probablement en tête les épisodes ou le candidat républicain, Arnold Vinick, s’efforce de masquer son âge.

Né en 1940, Arnold Vinick avait 66 ans lors de la campagne presidentielle de 2006. Son adversaire démocrate, Matt Santos, né en 1961 est alors de 21 ans son cadet. Comme Mc Cain aujourd’hui, Arnold Vinick met en avant son expérience. Comme lui, il sait qu’il qu’il peut compter sur les électeurs de plus de 55 ans. Il n’en reste pas moins (et c’est tout l’intérêt d’une série qui met en scéne les coulisses d’une campagne) qu’il veille en permanence à camoufler tout ce qui peut rappeler son âge.

Dans « Cold », (épisode 13, Saison 7), Arnold Vinick prend froid, au cours d’un déplacement. Tout est fait pour éviter que la presse l’apprenne. Symétriquement, Josh Lyman, le directeur de campagne de Santos, se réjouit bruyamment lorsqu’il apprend cette nouvelle. Il se met danser et embrasse un membre de son équipe.

  • Josh: He has a cold? The gods were listening to me, and they love me!
  • Annabeth : Why is there hugging?
  • Donna : Vinick has a cold.
  • Annabeth : Oh, that’s precious.
  • Josh : I want to send him some Vick’s vapo-rub and a German nurse.

Dans « Two weeks out » (épisode 14, saison 7), Arnold Vinick souffre de sa main droite, pour avoir serré trop de mains. Lors d’un meeting, à quelques secondes de prendre la parole, Vinick se fait fait briser la main par un de ses partisans. Pendant un quart de seconde, il tourne le dos au public pour cacher sa douleur.
Fracture du métacarpe.

A quelques jours de l’élection, il doit soigner cette main sans que cela s’ébruite.

C’est dans une voiture, entre deux meetings, que Vinick rencontre un docteur.

  • Doctor : We really need a set of X-rays.
  • Vinick : No!
  • Bruno : No, no, no. Doctor, we’ve got a bus-load of reporters following us. We stop
  • for an X-ray the headline’s going to read « Handshake breaks Vinick’s hand. »
  • Bruno : I can’t say for sure without an X-ray, but I think you’ve got a metacarpal
  • fracture and you’re going to need a cast.
  • Vinick : No cast.
  • Doctor: Senator, you have to…
  • Vinick : I can’t look like an old man falling apart on the campaign trail. If anyone asks you what you were doing in the car with me, we were discussing health care policy.

Dans Here Today (épisode 5, saison 7), Josh Lyman et Lou, la directrice de communication de Matt Santos, cherchent (en l’absence du candidat, qui ne veut pas en faire un argument de campagne) une maniére subtile de suggérer que Vinick est nettement plus âgé que Santos.

  • Josh : Look, Arnold Vinick isn’t some old feeb, doddering from one campaign stop to the next. He’s got more energy than I do.
  • Lou : He is inconveniently spry.
  • Josh : Use that.
  • Lou : What?
  • Josh : Spry. It’s a word that’s only used to describe old people. Ever hear of anybody under the age of 70 being called spry? It says « old guy versus young guy » without even mentioning age.

L’une des scènes les plus émouvantes de West Wing est probablement celle où Arnold Vinick, après sa défaite, comprend qu’il doit renoncer à la Présidence. (Last Hurrah, épisode 2°, Saison 7) La défaite est cruelle. Après une campagne intense, Vinick retrouve une existence vide et morne. Peu à peu, il retrouve goût à la politique. Son médecin lui confirme qu’il est en pleine forme. (Vinick : « I’m telling you : 70 is the new 60 »). Il envisage une nouvelle candidature. C’est à ses des deux plus proches conseillers que revient la tâche difficile de lui expliquer, désolés, qu’à 70 ans (en 2010), il est désormais hors course.

Mc Cain a t il vu cet épisode de West Wing ?

L’âge de John Mc Cain suscite l’ironie des militants démocrates

Cette vidéo est l’oeuvre du groupe YoungerthanMcCain, fondé par Steve Rosenthal, un ancien membre du comité de l’AFL-CIO, la centrale syndicale nationale et fondateur du groupe America Coming together, créé en 2004 pour tenter de barrer la route à George Bush.

Les Simpsons parodient John McCain


McBain est un personnage récurrent des Simpsons.
Caricature de «action hero», McBain est un hybride de Arnold Schwarzenegger (la carrure et l’accent), de Bruce Willis (McBain rime avec McClane, le héros de Die Hard) et du Clint Eastwood de Dirty Harry.

La tentation était forte de rapprocher McBain et McCain. C’est chose faite. Cette vidéo remixe habilement la bande-son d’un spot de campagne du candidat républicain.

West Wing Saison 8 : Martin Sheen soutient Barack Obama


Martin Sheen, le Président Bartlet de West Wing, a saisi l’opportunité de son passage « The Graham Norton Show » pour annonce son soutien à Obama.

S’il regrette que la confrontation entre les deux candidats démocrates soit aussi dure, il a confirmé être un supporter d’Obama. « Mais vous ne devez pas le révèler encore. Je dois faire attention, pour quelques temps encore, car Bill Clinton a aimé West Wing et il continue de m’appeler « Mon président »… Je continue de penser que les Démocrates l’emporteront. Quelque soit leur candidat, le pays est prêt pour un changement. »

L’engagement de Martin Sheen n’est pas vraiment une surprise.
Peu de temps aprés l’interrutpion de West Wing par NBC, Martin Sheen avait été approché par des responsables démocrates de l’Ohio (dont Sheen est originaire) pour une candidature au Sénat. Opposant de longue date au nucléaire, hostile à la Guerre en Irak, infatigable militant des droits civiques et de la défense des minorités), Martin Sheen n’avait cependant pas donné suite : « Je ne suis pas qualifié … Vous confondez célébrité et crédibilité».

Dans un premier temps, en décembre 2007, Martin Sheen avait apporté son soutien au Gouverneur du Nouveau Mexique Bill Richardson. Celui-ci, aprés s’être retiré de la course s’est rallié à Barack Obama.

Obama Wan-Kenobi en lutte sur deux fronts

Après Obama en maître Jedi, voici le générique de Star Wars revu et visité par des partisans d’Obama. Ou l’histoire de la lutte sur deux fronts du sénateur Obama Wan-Kenobi contre la sénatrice Klintaan et Warlord Mi’Kayn. A long time ago, in an election far, far away….

Deux oublis malheureux : la société de la connaissance et les biens communs informationnels


L’aggiornamento s’avère malheureusement incomplet dans la prise en compte d’un aspect essentiel de la modernité : l’essor des technologies numériques
– les possibilité que ces technologies ouvrent en matière d’accès à la culture et de circulation des savoirs
– les capacités que ces technologies confèrent aux collectifs et aux personnes pour agir sur leur vie et sur la société

3. La Déclaration de principes 2008 passe à côté de la nouveauté radicale que constitue l’émergence de biens communs informationnels : la production coopérative de connaissances, de logiciels et de biens culturels fondée sur la libre collaboration, la production par les pairs et le partage peut s’avérer aussi efficace que les modèles de production marchand (entreprises) ou publics (services publics).

La Déclaration de principe reste enfermée dans une dialectique marché vs secteur public (rebaptisé Etat social). Les projets cooperatifs de type Wikipedia, les logiciels libres, les publications scientifiques ouvertes echappent à cette dialectique marché vs service public.

4. La déclaration de principes précise, il est vrai, que  » le Parti socialiste met la culture au centre de ses valeurs. Celle-ci permet, à la fois, de rassembler et de libérer. Face au danger d’une civilisation par trop uniformisée et marchandisée, la culture, avec l’apport irremplaçable des artistes, contribue à construire un monde fondé sur la diversité, le dialogue, l’ouverture. L’accès à la culture pour tous et la démocratisation des pratiques culturelles sont notre objectif.  » .

On ne peut que souscrire….Ces principes en matière culturelle n’en sont pas moins étrangement datés. Ils ont un petit parfum Années 50.

Principe de précaution ou maîtrise sociale des technosciences ?

L’aggiornamento est réel et profond sur les questions de protection de l’environnement et la redéfinition de la la notion même de progrès. Avec l’affirmation du principe de précaution.

On regrettera la disparition d’un membre de phrase qui figurait dans la Déclaration de principes de 1990 : « Alors que les sciences et les techniques ouvrent de nouveaux espaces de liberté et de créativité ».

Et surtout qu’il ne soit pas fait mention de notions comme la « maîtrise sociale » des sciences et des technologies.

Les rédacteurs de la Déclaration 2008 auraient pu s’inspirer de la Déclaration de principes de l’Internationale socialiste.

Adoptée en 1989, elle consacrait de longs développements au « contrôle social » du développement technologique.

49. La révolution technologique qui a déjà commencé dans les économies industrielles avancées changera profondément les conditions de l’exploitation des ressources et de l’environnement durant la période de vie de la génération actuelle. De plus, l’impact de ce changement se fera sentir dans le monde entier. La micro-électronique, la robotique, les technologies militaires, les biotechnologies – sans compter les innovations dont on n’a pas encore idée transformeront les données tant pour les individus que pour les structures de la société dans le monde entier.

50. La technologie n’est pas seulement une question de science pure ou de machines inanimées. Elle est toujours guidée par des intérêts spécifiques et modelée sur des valeurs humaines, qu’elles soient implicites ou explicites. Elle doit être ramenée sous contrôle social afin d’utiliser les possibilités positives offertes par les nouvelles technologies à l’humanité, de minimiser les risques et les dangers de développements incontrôlés et d’empêcher les technologies socialement inacceptables.

MR