Test du téléphone rouge : il est trois heures (1)

«Il est trois heures du matin et vos enfants dorment en toute sécurité. Un téléphone sonne à la Maison-Blanche. Il s’est passé quelque chose dans le monde. Votre vote décidera de qui répondra à l’appel. Sera-ce quelqu’un qui connaît les dirigeants du monde et l’armée, quelqu’un qui a été mis à l’épreuve (tested) et qui est préparé pour faire face à un monde dangereux ? Il est trois heures du matin et vos enfants dorment en toute sécurité. Qui voulez-vous au bout du fil?»

C’est la question posée par Hillary Clinton dans un nouveau clip mettant en cause la capacité de Barack Obama à réagir à une crise de sécurité. Dans le spot, on peut voir des enfants qui dorment, et les images suggèrent que les électeurs seraient plus rassurés avec l’épouse de l’ancien président Bill Clinton si une crise se produit quand les enfants sont endormis.

Cette vidéo s’imposera probablement comme l’un des temps forts du duel Obama-Clinton.

Cette vidéo est intéressante de plusieurs points de vue.

1. Ce spot s’adresse à l’électorat féminin, essentiel pour Hillary Clinton, alors qu’elle est en difficulté dans la course à l’investiture.

2. Il intervient à un moment clé du duel Obama-Clinton. Cela fait plusieurs semaines que Clinton suggére qu’Obama n’a pas l’expérience. Qu’il n’est pas prêt à exercer les fonctions de Commander in Chief. Le spot est diffusé le jour même ou Clinton tient un meeting à Waco (Texas) avec des vétérans pour mettre en relief sa crédibilité en matiére e sécurité nationale.

3. Cette vidéo a été immédiatement décodée par la presse comme un remake d’un spot publicitaire (« le téléphone rouge ») que l’équipe de campagne du vice-président Walter Mondale avait diffusée pour contrer Gary Hart lors des primaires démcrats en 1984. (Un plan serré sur un téléphone rouge qui sonne au milieu de la nuit, avec en voix off : ). La presse signale que le concepteur de ce spot dans l’équipe de Mondale, Roy Spence, a rejoint l’équipe de campagne de Hillary Clinton aprés la primare dans le New Hampshire.

Comme le spot anti-Hart de 1984, cette vidéo joue sur le ressort de la peur : Dans un monde dangereux, peut on faire confiance à quelqu’un qui n’a pas l’expérience des relations internationales et de la gestion des crises ?

4. Cette vidéo est un symptôme supplémentaire de la « cinématographisation » de la communication politique. Cete vidéo, comme celle de 1984, renvoie à l’imaginaire filmique de la guerre froide, à tous ces films dans lesquels le Président des Etats-Unis doit gérer, quasiment en temps réel, une crise nucléaire. Point limite (Fail Safe)de Sidney Lumet et Docteur Folamour ( Doctor Strangelove) de Stanley Kubrick, notamment.

5. Assez imprégnée aussi par les fictions nucléaires des années 60, cette représentation d’un Président qui doit prendre des décisions majeures « dans l’instant ». Dans la vie réelle, s’il est probable qu’on réveille le Président en pleine nuit, en cas de crise grave, (« There is a situation, Mister President »), le Président n’est pas pour autant sommé de prendre une décision immédiatement. S’il doit prendre des décisions, c’est aprés que ses conseillers et les membres du cabinet aient pris le temps de faire le point sur la situaion et de lui présenter des options. (West Wing, sur ce plan, est plus réaliste que le clip du téléphone rouge. Le Président n’est pas seul, face à la décision, même s’il lui appartient de trancher, le moment venu, en derniére instance.)

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