Archives mensuelles : octobre 2007

Politiques numériques : Who’s in charge

Le feuilleton sur la question du pilotage gouvernemental des politiques numeriques, a connu ce matin, un petit rebondissement

A partir du rapport « Dix ans après, la régulation à l’ère numérique », le Sénateur Bruno Retailleau a posé hier une question écrite au Gouvernement sur l’opportunité de créér un un Commissariat au numérique.

« La dispersion des actions gouvernementales entre de trop nombreux ministères, autorités et comités nuit gravement à la prise de décision et à l’efficacité de l’action publique alors que d’importants arbitrages politiques sont à venir, à la fois aux plans international, européen et national, s’agissant de la gestion du spectre hertzien et de l’optimisation du dividende numérique -fréquences libérées par le passage du mode analogique au mode numérique pour la diffusion hertzienne de la télévision-, de la convergence entre contenus et réseaux… C’est pourquoi M. Bruno Retailleau souhaite savoir si le Gouvernement compte doter la France d’un pilotage politique fort, qui ait une vision globale des enjeux et une autorité suffisante pour donner le cap, en ce domaine stratégique qu’est le numérique, par exemple en créant un Commissariat au numérique, pôle d’expertise et d’initiative, rattaché au Premier Ministre et ayant l’autorité sur plusieurs services ministériels pour créer entre eux une synergie dynamique et sortir des logiques ministérielles antagonistes. »

C’est le secrétaire d’état chargé des entreprises et du commerce extérieur, Hervé Novelli, qui était de mission, hier matin, pour répondre à la question du Sénateur.

« Face à cette dispersion de l’action publique, l’idée d’un commissariat unique paraît donc séduisante d’autant que les questions en suspens sont diverses et d’importance -je pense notamment à celles de la TNT, du dividende numérique, du très haut débit avec le déploiement de la fibre jusque dans les logements ou encore de l’administration électronique. Pour autant, une multiplicité de l’action publique reste inévitable, et même souhaitable. Ainsi, la direction générale de la modernisation de l’État a la charge de coordonner le développement de l’administration électronique. Mais que chaque ministère prenne des initiatives pour moderniser ses services et rapprocher l’État des entreprises et des citoyens est une bonne chose ! Ensuite, affirmer qu’il n’existe pas de pilotage politique en matière de numérique est exagéré : le Premier ministre assure la cohérence de l’action publique à travers le comité interministériel pour la société de l’information. La dispersion de l’action publique ne nuit pas à l’efficacité. Nos performances le prouvent en matière de haut débit et de très haut débit -nous sommes parmi les premiers au niveau européen- et d’administration électronique, avec notamment le succès de la télédéclaration d’impôt. Certes, des progrès restent à faire en matière d’investissement des entreprises dans les technologies de l’information et d’équipement des ménages en informatique. Un commissariat unique permettra-t-il de mieux relever ces défis ? Cela n’est pas certain d’autant que sa création, si elle ne s’accompagne pas de la suppression des organismes existants, conduira une complexité accrue… Malheureusement, les tentatives de création de guichet unique se soldent pour la plupart par un empilement des structures.De plus, en créant un commissariat unique, nous prendrions le risque de casser les synergies existantes, matérialisées par la création du service des technologies et de la société de l’information au sein de la direction générale des entreprises en 1998, entre développement de l’administration électronique et réforme de l’État, action de réglementation et de régulation des marchés et soutien à la recherche et au développement. »

Bref : Hervé Novelli a entrepris de justifier l’immobilisme, allant jusqu’a théoriser la dispersion (« La dispersion de l’action publique ne nuit pas à l’efficacité »).

Rapport de Bruno Retailleau : Dix ans après, la régulation à l’ère numérique

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Un  » pilote politique » pour les technologies numeriques ?

« Je confierai à un membre du gouvernement la mission de prospective, de pilotage et de coordination de la politique de l’internet et du numérique. Chef de file, il disposera des moyens politiques et financiers nécessaires à sa mission et représentera la France dans les négociations européennes et internationales sur le sujet. »

Nicolas Sarkozy avait envisagé, au lendemain de son élection, la création d’un grand « ministere de l’intelligence » qui aurait regroupé l’education, la recherche, les Universités, la culture et le numérique. Un projet vité abandonné devant la levée de boucliers des milieux culturels, attachés à l’existence d’un Ministére de la Culture de plein exercice.

Il aurait été question, cet été, d’attribuer à Laurent Wauquiez, porte-pariole du gouvernement, un secrétariat d’état aux technologies numeriques. Puis plus rien.

Cette perspective d’un « pilote politique » pour les technologies numeriques (secrétariat d’état aux technologies numériques ou Haut Commissaire) est elle enterrée pour autant ?

Je ne le pense pas.

Selon moi, si Nicolas Sarkozy n’a pas encore pourvu ce poste, c’est qu’il risque d’en avoir besoin lors du remaniement annoncé.

Je vois, ici, deux scénarios

- Scénario d’ouverture : Le portefeuille des technologies numériques est confié à une nouvelle personnalité d’ouverture.

- Scénario du lot de consolation : le portefeuille des technologies numeriques permet de recaser un ministre que Sarkozy souhaite conserver au gouvernement…

Ce pourrait être Valerie Pécresse, si celle ci devait être débarquée du ministére de la recherche et a l’université pour faire la place à … Claude Allègre


En attendant, Valérie Pécresse, a obtenu que lui soit attribuée une compétence interministérielle dans le domaine des technologies de l’information ( comme c’était le cas des ministres de la recherche dans les gouvernements Raffarin … )

Elle vient, d’ailleurs d’exposer son « projet numérique » dans les Echos.

Des propos assez convenus et des objectifs plutot vagues …

« La révolution numérique transforme déjà en profondeur notre société. Mais pour que nul n’en soit exclu, d’ici à 2012, un seul objectif : Internet dans chaque foyer ».

Une « forge » pour refondre le logiciel socialiste ?

En informatique, le mot « forge » est utilisé pour décrire les systèmes de gestion de développement collaboratif de logiciel.

J’avais envisagé, cet été, de proposer le terme de « Forge » pour désigner les travaux de « refonte du logiciel socialiste ». J’y avais renoncé, trouvant le terme obscur …

Je viens de découvrir que Benoît Hamon a choisi d’appeler « La Forge » le think-tank qu’il a créé :

« Nous voulons élaborer un nouvel outil intellectuel collectif. Aujourd’hui, nous créons « La Forge » qui ne sera pas une société savante supplémentaire. »La Forge » sera une ressource et un arsenal mis au service d’un camp, la gauche. Notre ambition est la victoire de celle-ci en 2012 par la reconquête des esprits et l’affirmation de nouveaux modèles culturels »…. »

Benoît Hamon ne relie pas entre elles les deux métaphores : celle de la « La forge » et celle du logiciel socialiste (qu’il est question de rénover …). Dès lors, pourquoi donc a t il choisi d’appeler son  think-tank la Forge ?

Il avait  peut être  envisagé, dans un premier temps,  de l’appeler « atelier ». Avant d’y renoncer,  tant cette appellation est irrémédiablement associée à de mauvais souvenirs : ceux du siège de l’étrange campagne de Lionel Jospin en 2002.

Ou encore « La Fabrique ». En référence à la « Fabbrica del Programma » (le think tank participatif mis en place par Romano Prodi pour élaborer le programme de la gauche italienne). Sans doute a t il jugé que la Fabrique avait une connotation un peu trop centre gauche …. (En 2006, Bernard Kouchner avait d’ailleurs appelé La Fabrique le site et le club qui devaient lui servir de tremplin pour une éventuelle candidature en 2007).

L’atelier, la fabrique : cela ne collait pas. Restait la Forge. Une référence lointaine à l’univers industriel dont le socialisme est issu. (Et encore largement pénétré).

A la réflexion, cette appellation « La forge » est assez bien choisie.  Elle désigne le travail du métal à chaud par l’utilisation d’un marteau et d’une enclume. La rénovation du PS ne se fera pas « à froid ».

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« Il faut changer, refondre, rénover le logiciel politique du PS « .

C’est depuis 2002 un thème récurrent dans le discours des responsables socialistes.

François Hollande, sans son discours de clôture à la Rochelle, a récusé la métaphore du logiciel…. « Le logiciel politique – mais notre pensée est humaine – ne se confond pas avec un disque dur qui devient vite un disque rayé ! » Dans son souci de se démarquer, tout en faisant un bon mot, François Hollande trahit une forme de répugnance pour la technique (qui ne serait pas « humaine »). Il exprime aussi ses réserves (son angoisse ?) face à la perspective d’un « logiciel » qui figerait les choses (en les inscrivant dans du « code »), ou qui limiterait les marges de manoeuvre… Préserver des marges de manoeuvre : c’est peut être une des clés de la personnalité du Premier Secrétaire.

Un audit du PS ?

Le Monde rapportait ce cri du cœur d’un militant lancé au micro lors d’un atelier de l’université d’été du PS 2007 à La Rochelle : « Nous sommes un parti, pas une association. Il faut du professionnalisme politique ! »

Il est désormais assez largement admis que le PS ne doit pas seulement rénover son logiciel politique/idéologique ( ?) et son programme, mais aussi son mode de fonctionnement et ses procédures.

Les responsables socialistes rivalisent, d’ailleurs, de férocité pour dénoncer la sclérose, l’immobilisme, l’anémie, l’archaïsme de leur parti.

« Il faut sortir des carcans des courants et des écuries présidentielles qui ont ankylosé le PS. » explique Manuel Valls

« L’organisation du PS n’est pas conçue pour produire des idées, mais pour soutenir des stratégies personnelles présidentielles. (Les éléphants) sont protégés par un scrutin proportionnel qui garantit à chaque chef de courant ou de clan une présence politique indépendamment de son poids réel dans le pays et dans le parti » ajoute Gaétan Gorce

« Qu’est-ce qui ne peut plus durer au parti socialiste ? » s’interroge Ségolène Royal. « Les champs clos d’affrontements obscurs, des règlements de compte inutilement brutaux, une violence verbale incompatible avec l’idéal socialiste, parfois de la désinvolture alors que le vote des militants devrait être respecté par tous, des luttes de place et de courants qui étouffent le débat d’idées et qui assèchent les sections ».

François Hollande leur fait écho : « Je connais tous nos défauts : les divisions artificielles, les positionnements de circonstance, les compétitions d’orientations qui ne recouvrent que des allégeances personnelles, les indisciplines, le manque de rigueur. »


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