« Il faut créer un écosystème favorable aux nouveaux acteurs et aux innovations dans les TIC »

ZDNet.fr a interrogé les principaux candidats et leur équipe de campagne sur leur programme consacré aux nouvelles technologies.

Entretien avec Maurice Ronai, délégué aux nouvelles technologies pour le PS représenté par Ségolène Royal.

Quelles mesures concrètes contient le programme de Ségolène Royal pour réduire la fracture numérique ?

On part d’un constat qui est assez connu et paradoxal : la France connaît un succès dans le déploiement du haut débit, mais seulement une moitié des foyers sont équipés d’ordinateurs. Et seulement 44% de ces ordinateurs sont connectés à l’internet. Pour traduire ce qu’avait avancé Ségolène Royal dans son livre, Maintenant, le rapport Rocard a fixé un objectif assez ambitieux, mais réaliste : porter à 75% le nombre de foyers connectés à internet. Cela suppose un gros effort qui ne peut pas reposer uniquement sur l’Etat.

Il faudra faire travailler ensemble l’Etat, les collectivités territoriales et les opérateurs. Et puis jouer sur tout un ensemble d’instruments, qui peuvent aller de l’instauration d’un tarif social pour internet, mais aussi – et ce sont des propositions évoquées par le collectif Renaissance Numérique dans son livre blanc – la donation aux salariés par les entreprises d’ordinateurs déjà largement amortis, ou encore la mise à disposition d’ordinateurs recyclés, ou bien des aides aux foyers en situation difficile sous condition de ressources. Et là, on peut imaginer des dispositifs qui couplent une offre d’accès internet et l’achat d’un équipement avec des conditions de crédit attrayantes.

Comment financer de telles mesures ?

Pour le tarif social internet, on reprend le dispositif qui existe déjà : celui du tarif social pour le téléphone, dont le mécanisme de financement repose pour partie sur les caisses d’allocations familiales. Il faut l’étudier de plus près, mais ce tarif pourrait se situer autour de 5 euros par mois. Il faut savoir qu’il y a déjà des offres d’accès internet, sur Paris par exemple à un euro par mois.

Comment peut-on intervenir au niveau de l’éducation et de la formation ? On va bien au-delà d’une simple réflexion sur comment faire en sorte que les élèves au cours de leur scolarité acquièrent une maîtrise des outils informatiques et de l’usage de l’internet. Il y a une réflexion assez large sur comment l’internet peut contribuer à rénover le système éducatif, en sachant que cette rénovation va bien au-delà d’une problématique d’équipement ou de logiciel. Il n’y aura pas d’avancée tangible en matière d’utilisation de l’informatique à l’école sans une profonde transformation de l’organisation du système éducatif. Ce constat n’est pas très nouveau. (…)

Il faut renforcer le volet informatique de la formation de base des enseignants. Il faut créer un climat favorable à l’innovation et à l’expérimentation pédagogique et capitaliser sur les expériences qui marchent. Il faut encourager les enseignants à développer des ressources numériques en ligne. Il y a des milliers d’entre eux qui participent à des projets de coproduction de ressources, de logiciels ou de contenus numériques – par exemple, beaucoup d’enseignants participent à Wikipedia. Mais ces efforts ne sont pas reconnus par l’institution. Il y a donc un signal très fort en direction des rectorats et du système éducatif, sur la reconnaissance de ces pratiques.

Quelles sont les mesures retenues par Ségolène Royal pour encourager le développement du secteur des TIC en France ?

Il y a un constat : responsables politiques et offices statistiques sous-estiment l’importance du secteur numérique, qui représente sans doute environ 10% du produit intérieur brut si l’on prend en compte les infrastructures, les services, les logiciels, les logiciels libres… Ce qui est énorme, en termes de potentiel de croissance et d’emploi. J’insiste aussi sur le fait que l’Europe perd pied sur les deux secteurs les plus dynamiques : les services sur internet et les logiciels. Il y a la nécessité absolue de se doter d’une véritable capacité d’investissements stratégiques dans le secteur et de faire converger les différents instruments dont on dispose : les budgets de recherche et d’innovation, les instruments de pilotage et de politique industriels, les agences de soutien aux PME notamment. Et aussi tous les acteurs tels que les « business angels » ou dans les sphères du capital investissement et du capital-risque, dont on sait qu’ils jouent un rôle décisif. Il faut aussi créer un écosystème favorable aux nouveaux acteurs et aux innovations.

Faut-il privilégier les logiciels libres dans l’administration publique ?

Le choix du logiciel libre résulte plutôt d’un choix d’efficacité ; on utilise même souvent le terme d’agilité. Aujourd’hui, on a une informatique publique assez pesante et mal maîtrisée, souvent exclusivement orientée vers la productivité, qui parfois freine l’initiative ou entrave l’inventivité et la mobilisation des agents. Au PS, on a vraiment réfléchi à une informatique publique plus souple, plus flexible, évidemment plus interopérable. Nous souhaitons arrêter avec ces grands projets coûteux et descendants, pour évoluer plutôt vers une approche d’amélioration continue des services, un peu comme on le voit dans le privé, avec des projets informatiques qui s’adaptent aux usages. Evidemment, les logiciels libres occupent une place clé là-dedans, car ce sont souvent les meilleurs garants de la prise en compte des standards ouverts. Ils garantissent mieux l’interopérabilité et s’inscrivent assez naturellement dans des logiques de mutualisations entre administrations, ministères, collectivités territoriales…

Que propose le PS au sujet de la loi Dadvsi et en particulier sur la licence globale ?

La licence globale est un instrument juridique : on a tort de se cristalliser uniquement sur cet instrument. La licence globale proposait de concilier la liberté des usages, une forme de légalisation des échanges non commerciaux entre personnes et, par ailleurs, la mise en place d’un nouveau mécanisme de rémunération. Cette idée est présente dans les propos de Ségolène Royal depuis 2004 ; elle l’a confirmé depuis. Elle exprime une orientation plutôt qu’un instrument en particulier. (…). Une des questions qui devraient être débattues, si jamais ce chantier est à nouveau ouvert, serait le niveau de la rémunération. Un niveau bas ou élevé n’aura pas du tout les mêmes effets sur les comportements et sur l’économie du secteur. Il faudra en débattre très largement. L’environnement évolue aussi puisque la Commission européenne vient de procéder à un bilan de la directive sur le droit d’auteur, et ses consultants en tirent un bilan très critique : sa mise en oeuvre n’a pas permis d’harmoniser le droit d’auteur en Europe, et a déséquilibré le système en faveur d’une catégorie d’acteurs : les producteurs.


Maurice Ronai, PS : « Il faut créer un écosystème favorable aux nouveaux acteurs et aux innovations dans les TIC »

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