Archives mensuelles : janvier 2006

Chavez, le peuple déicide et la Théologie de la Libération…

Visiblement, Libération a traduit de façon incomplète le discours de Chavez.

1. Voici la version complète traduite

Le monde possède pour tous, donc, mais dans les faits des minorités, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et le crucifièrent aussi a leur manière a Santa Marta en Colombie. Une minorité s’est appropriée les richesses du monde, une minorité s’est appropriée l’or de la planète, de l’argent, des richesses minérales, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, de toutes les richesses donc, et a concentré les richesses entre quelques mains : moins de 10% de la population du monde est propriétaire de plus de la moitié de la richesse du monde entier et … plus de la moitié des habitants de la planète sont pauvres et chaque jour il y a de plus en plus de pauvres dans le monde. Ici, nous avons décidé de changer l’Histoire.

2. Dans la version complète, le lien entre « les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ » et la « minorité (qui) s’est appropriée les richesses du monde » est moins direct que ce suggérait l’extrait publié par Libération.

3. Je vous livre ce commentaire de Jean-Luc Mélenchon :

« A l’évidence, la référence à « ceux qui ont crucifié le Christ » est allégorique. Le mot « les descendants » s’entend ici clairement au sens figuré. C’est un vieil usage du christianisme de gauche que d’identifier ceux qui ont crucifié le Christ aux puissance de l’ordre établi, de la domination et ainsi de suite. Au cas particulier du discours de Chavez c’est d’autant plus éclatant qu’il évoque ensuite « ceux qui ont crucifié » Simon Bolivar. A moins que quelqu’un prétendent aussi accuser les juifs d’avoir « chassé Bolivar » et de l’avoir « crucifier à leur manière » ! La référence allégorique est typique de la théologie de la Libération dont Chavez est un adepte (ainsi que Lula au Brésil). Le coeur de cette doctrine est « l’option préférentielle pour les pauvres » dont la figure du Christ est l’expression pour qui la libération dans la société des chaines de l’égoisme passe par la rupture des chaines de l’argent. En témoigne la suite de la harangue du président Vénézuélien qui est elle aussi typique du vocabulaire des adeptes de cette théologie telle qu’elle est prise en charge dans les milieux révolutionnaires depuis les années 80.

3. En considérant que Chavez ne fait jamais que reprendre des thèmes et des allégories de la Théologie de la libération, généralement considérée comme progressiste et généreuse, Mélenchon « disculpe » Chavez.

On devrait garder à l’esprit qu’une allégorie n’est pas forcément comprise en tant que telle : combien de vénézuéliens sont capables de faire la part des choses entre l’allégorie et la reprise du stéréotype sur le « peuple déicide » (« les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ » ).

Mais surtout, faut il prendre pour argent comptant l’idée selon laquelle la Théologie de la Libération serait essentiellement un mouvement progressiste. ?

Elle l’est, bien sûr, pour une part. Elle a été combattue, à ce titre, par les hiérarchies catholiques d’Amérique latine, par le Vatican. Ratzinger a dénoncé la Théologie de la libération comme une déviation marxiste et communisante du catholicisme,

Il reste que la Théologie de la libération est aussi un fondamentalisme religieux : elle s’est développée en réaction contre la compromission des Eglises latino-américaines avec les élites et les dictatures ….mais aussi contre les églises et sectes protestantes.

Le thème de la Libération inclut en creux celui de la captivité. « Autrement dit, il semble désormais impossible d’envisager un quelconque Exode vers une terre promise démocratique et prospère. L’idée d’Exode est en effet joyeuse et optimiste, elle est le modèle du Salut. La théologie de la libération semble avoir renoncé au Salut, elle semble faire le constat d’une défaite. Elle s’incarne donc dans un fantasme de captivité« . (Maurice Mergui)

Sous cet angle, la Théologie de la libération n’a rien avoir avec le marxisme ou avec des mouvements progressistes : elle se situe sur un plan totalement différent, celui de l’eschatologie. La Théologie de la libération condamne le capitalisme comme un mal absolu, un pêché …. Elle voit dans le capitalisme une idolâtrie qui a triomphé. Un faux Dieu (ce Faux Dieu que les sectes pentecôtistes révèrent …).

Comment des tenants de la laïcité peuvent-ils prendre pour argent comptant une Théologie de la libération, profondement pessimiste, déséspérée, et qui nous ramène plusieurs siècles en arrière ?