Hollywood et la CIA

Le cinéma des années soixante-dix a donné une image négative du FBI et de la CIA. Cette vision d’une CIA experte en coups d’état, en assassinats politiques et en coups tordus, traversée de conflits, de plus en plus autonome vis-à-vis du pouvoir politique, et poursuivant ses propres fins imprègne les productions des années quatre-vingt et 90.

Après la fin de la guerre froide, les scénaristes, en quête de nouveaux ennemis et de nouvelles menaces, mettent en scène des détournements de missiles, le trafic de têtes nucléaires, la prolifération d’armes bactériologiques ou le chantage cybernétique.

L’inventivité des scénaristes dans la description des « menaces » a pour pendant une grande désinvolture dans la représentation des ennemis (mafia, groupe terroriste, « état-voyou”) et de leur provenance (Moyen-Orient, Amérique latine, républiques ex-soviétiques, Extrême-Orient, Irlande), de leurs motivations (haine des États-Unis, vengeance, argent, convictions, néonazisme…). Souvent ces adversaires trouvent des relais au sein même des services de renseignement. Ou font appel a d’anciens agents de la CIA ou des forces spéciales.

Dans la confrontation avec ces menaces, le FBI et les services de renseignement s’avèrent souvent inefficaces et le salut vient d’un héros, souvent marginalisé au sein de ces institutions.

Ces crises et ces menaces révèlent, à tous les niveaux du système américain, des tensions et des fractures : entre militaires et civils, entre espions et policiers, entre agents de terrain et bureaucrates. Entre services de renseignements. Entre les agences et le pouvoir politique. Dans The Siege (Edward Zwick), c’est un agent du FBI qui rétablit l’ordre à New York, placé sous couvre-feu par des militaires extrémistes.

La rivalité sourde qui oppose, dans la réalité, CIA, FBI, NSA et Secret Service, se retrouve, amplifiée, dans les fictions. En fait, chacune de ces agences a noué des relations directes avec les studios et valorise son image au détriment des agences rivales.

La CIA ne s’est préoccupée qu’assez récemment de redresser son image sur les grands et les petits écrans Son bureau des relations publiques assure désormais la liaison avec Hollywood. La CIA n’apporte pas d’aide matérielle mais essentiellement des conseils, arrange des entretiens avec des agents.

Pour le tournage de The Recruit, par exemple, la CIA a autorisé un photographe à prendre des clichés pour aider à la création des décors. Certains des acteurs ont même pu visiter les locaux de l’Agence et y passer un certain temps avec les employés.

Ennemi d’État (Tony Scott), Bad Company (Joël Schumacher), La Somme de toutes les peurs, The Recruit ont bénéficié de cette coopération. “Ces films donnent de nous une image plus réaliste. Le design de nos bureaux, la manière dont nos officiers s’expriment sont plus justes. Le public américain comprend enfin la complexité de notre tâche”. Cette coopération s’étend désormais à la télévision avec l’implication de la CIA dans de nombreuses séries. Alias, 24 et The Agency.

Trait commun de la coopération entre les agences civiles et les scénaristes : l’exhibition de l’appareillage technologique des services de police et de renseignement.

Surveillance satellitaire et électronique, capacités de traitement et de croisement de bases de données ; les fictions hollywoodiennes ont largement anticipé le tournant sécuritaire amorcé après le 11 septembre avec le Patriot Act et le projet de Total Information Awareness.

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