Archives mensuelles : mars 1999

De la dissuasion à la prévention

Introduction de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999


La prévention tend à devenir la figure centrale, la forme dominante du langage stratégique, en Europe comme aux Etats-unis.

La prévention n’efface pas la forme stratégique dominante précédente : la dissuasion. Elle en prend le relais, comme la dissuasion, avait, en son temps, pris le relais de la forme « guerre ».

De la dissuasion à la prévention

La forme dissuasion reste pertinente et légitime dans son domaine d’élection : la dissuasion du nucléaire par le nucléaire. Avec l’effondrement de l’URSS et l’ampleur du désarmement organisé par les traités FNI et START, la dissuasion proprement nucléaire perd son caractère prioritaire.

En dehors du domaine nucléaire (en dehors de sa « niche militaro-strategique », pour reprendre une de ces métaphores managériales qu’affectionnent les auteurs américains), la dissuasion comme forme stratégique générale est de moins en moins opérante.

La dissuasion suppose un adversaire : elle s’exerce sur un décideur ou un centre de décision. Avec la prédominance de situations complexes, de conflits à trois camps, de menaces diffuses, difficilement attribuables ou assignables à un acteur central, la forme dissuasion perd une grande partie de sa pertinence.

Au nouvel état du monde, caractérisé par la prolifération de conflits locaux, interétatiques et surtout intraetatiques, correspond une nouvelle forme (ou langage) stratégique : la « prévention ».

Lire la suite

L’ambition préventive de l’administration Clinton

Extrait de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999


Pendant la campagne présidentielle de 1992, William Clinton avait esquissé une critique radicale de la politique du Président Bush : « Durant les quatre dernières années, nous avons vu les effets corrosifs d’une politique étrangère ancrée (rooted) dans le passé, déconnectée de nos valeurs propres, rétive au changement et incapable de relever les défis (du changement). Sous la Présidence Bush, on s’est contenté de gérer les crises plutôt que les prévenir. ».

Warren Christopher, lors de son audition devant le Sénat en septembre 1993, avant sa nomination, oppose lui aussi la gestion (réactive) et la démarche préventive. « Nous ne pouvons pas nous permettre de colmater, crise après crise… Nous devons avoir une diplomatie qui anticipe et prévienne des crises comme celles d’Irak, de Bosnie ou de Somalie plutôt que les gérer ».

Clinton et Christopher, à travers cette opposition gérer/prévenir les crises esquissent ce qui va devenir un thème central du vocabulaire stratégique américain : dans le monde d’après guerre froide, en l’absence d’ennemi majeur ou équivalent, le leadership s’exerce sur un mode « préventif » ou « ordonnateur » : être leader, c’est se mettre en situation d’influencer, de modeler (shape) les événements plutôt que de les subir, de prévenir les menaces plutôt que d’avoir à y réagir.

Ce thème de la prévention est étroitement imbriqué avec les deux autres axes de la stratégie clintonnienne : enlargement et multilatéralisme assertif.

Lire la suite

1993-1997 : De la « stratégie de prévention » au shaping

Extrait de « Prévention et défense préventive. Débats américains » Maurice Ronai et Sami Makki CIRPES, Paris, mars 1999


La Bottom Up Review était destinée à ajuster la structure des forces (et le budget de défense) à la nouvelle période.

On a retenu (avec juste raison) de la Bottom Up Review (BUR) qu’elle formula des options plutôt conservatrices pour la structure des forces, avec l’adoption du scénario des deux conflits régionaux majeurs simultanés.

On peut aussi voir la Bottom Up Review comme une tentative (inaccomplie) de réorienter l’appareil militaire vers la mise en œuvre de nouvelles missions. De manière moins nette que William Perry trois ans plus tard, la BUR valorise les missions « en temps de paix » (peace time engagement), la « défense par d’autres moyens » à côté des missions traditionnelles (deter and defeat).

Le texte de la BUR définit la stratégie de défense comme une « stratégie d’engagement, de prévention et de partenariat ».

Les trois termes (engagement, prévention, partenariat) sont étroitement articulés.

Ce qu’il s’agit de prévenir ici, à travers l’engagement et le partenariat (c’est à dire les anciennes alliances, qu’il convient de revitaliser, et les nouveaux arrangements institutionnels, qu’il convient de mettre en place), ce sont quatre dangers :

– Dangers liés à la prolifération des armes nucléaires et autres armes de destruction massive, ainsi qu’à l’existence de vastes stocks d’armes dans l’ex-Union Soviétique

Lire la suite