Non-lethal weapons (Armes non-letales)

Nouvelle génération d’armes ayant pour dénominateur commun un usage retenu de la violence, une limitation de la létalité.

1) Soft kill, mission kill, life conserving, no collateral damages munitions (LCDMs), non injurious incapacitation, disabling munitions (DMs) , bloodless, less than letal weapons (LLWs), non letal disabling technologies (NLDTs), non letal weapons (NLWs) …

Ce flottement de vocabulaire trahit la difficulté à rassembler sous un même terme un ensemble hétérogène d’armes, de fonctionnalités et d’intentions.

  • Les armes non-letales ANL visent à handicaper, incapaciter, à mettre (temporairement) hors d’état de combattre des combattants (ou des foules hostiles). Sans tuer, ni même « faire couler le sang ». Il s’agit, par exemple, de fusils à rayon laser, de grenades “abasourdissantes”, de générateurs à infrasons. Sous cet angle, les ANL s’inscrivent dans la filiation des armes et munitions utilisées par les forces de l’ordre : gaz lacrymogènes, balles en plastique…
  • Les ANL visent à limiter les « dommages collatéraux » sur les populations civiles, les infrastructures civiles et l’environnement au sens large. Sous cet angle, les ANL poursuivent et renouvellent la quête ancienne du ciblage et de la « précision ».
  • Les ANL visent moins à détruire les matériels, les moyens de transport, les infrastructures, militaires ou civils, qu’a paralyser leur fonctionnement. Les ingénieurs pensent à des super-acides capables de liquéfier à peu près n’importe quel matériau, à des inhibiteurs de combustion pour bloquer les moteurs, à des substances qui transformeraient les routes et les pistes d’atterrissage en patinoire, à des colles qui engluent sur place n’importe quel type d’équipement.

Se rattachent aussi aux ANL les armes qui perturbent les systèmes d’information et de communication. Ici, c’est une « panne stratégique  » ( strategic immobility) qu’il s’agit de provoquer, par le déclenchement de virus informatiques qui insèrent de fausses instructions dans les logiciels, ou par l’émission d’impulsions électromagnétiques capables de dégrader des composants électroniques…

Neutralisation des matériels et des systèmes : les ANL donnent une forme technologique à ce qui relevait classiquement des « opérations spéciales » et du sabotage. Elles recoupent aussi les réflexions sur la « Cyberwar » ou « l’information warfare » (voir glossaire) .

Toutes les filières technoscientifiques sont potentiellement à l’origine d’armes non-létales : nouveaux matériaux biotechnologies, acoustique, informatique, électromagnétique . La mise au point d’armes non létales ne requiert pas nécessairement un effort majeur de R.D. Ce sont souvent des “munitions” qui utilisent les plateformes et vecteurs existants. Les armes non létales illustrent aussi de manière spectaculaire la dynamique de civilianisation : les technologies mobilisées pour leur mise au point sont souvent civiles et leur fabrication peut être confiée aux industries civiles.

Les ANL sont entrées, depuis 1991, dans un processus d’officialisation

  • L ’initiative du débat sur l’opportunité de développer de manière plus ordonnée et plus systématique des armes non létales revient à un micro-lobby, composé d’un vétéran du Vietnam reconverti dans la programmation d’armes secrètes au Laboratoire national de Los Alamos, John Alexander, une auteur de science fiction, Janet Morris, et un ancien directeur adjoint de la C.I.A., Ray Cline. Dans “Defining a non létal strategy”, ils proposaient en 1991 une approche globale des armes non-létales. Il s’agit de rendre l’emploi de la force possible “en deçà de la guerre”, dans les situations floues (« insurrection, violence ethnique, terrorisme, trafic de drogue, criminalité intérieure”…. ).Dans leur argumentaire, ils mettaient en relief l’importance croissante des médias, la sensibilité croissante de l’opinion américaine au coût en vies humaines, aux conséquences écologiques. Ils préconisaient une impulsion vigoureuse de R&D dans ce domaine et un mode d’organisation calqué sur le Space Defense Initiative Office.
  • Un Pentagon strategy-group, réuni en 1991, pour tirer les enseignements de la Guerre du Golfe conclut à l’intérêt des ANL.
  • En 1992, le Tradoc propose dans « Operations concept for disabling mesures » un certain nombre de concepts et de priorités pour orienter et encadrer le développement de nouvelles armes.

Après avoir défini les critères de développement, le Tradoc élabore en 1995 une doctrine d’emploi. Celle ci est prudente : les ANL ne sont que des capacités additionnelles afin d’élargir, dans des situations bien précises, le champ des options.

L’officialisation de la mise au point d’ANL suscite depuis 1994 un débat soutenu.

  • Incertitudes sur l’efficacité et l’employabilité dans les opérations . Comment maîtriser leur utilisation ? Leur effet est-il immédiat ? Comment maîtriser les effets en retour ?

On cerne mal aussi les réactions que l’emploi d’ANL risque de susciter. Auront elles un effet dissuasif ? Ou risquent elles, au contraire, d’encourager des adversaires déterminés à prendre plus de risques ? L’emploi expérimental de certaines ANL en Somalie est loin de trancher ce débat

  • Maîtrise t on réellement les effets des armes non létales sur les personnes ? L’aveuglement par fusil laser est il vraiment temporaire ? Les calmants absorbés par la peau laissent-ils des séquelles ? Les effets des agents soporifiques sont ils proportionnels à la quantité absorbée ? Les armes à micro-ondes rendent inutilisables les matériels, mais peuvent aussi détruire les organes.
  • Le secret qui entoure les recherches portant sur les ANL suscite des inquiétudes. Ces programmes, classifiés, échappent au contrôle du Congres.
  • Les ANL sont duales, armes de guerre et armes de maintien de l’ordre. Le Département de la Justice envisage l’emploi de certaines ANL pour la lutte contre les délinquants ou les révoltes dans les prisons. Leur usage dans le contexte intérieur américain serait il de nature à légitimer leur emploi sur des théâtres extérieurs ?
  • La mise au point et l’emploi de ces armes sont ils compatibles avec les engagements internationaux ? Traité sur les armes biologiques, Convention sur les armes chimiques, Protocole de Genève (pour les sédatifs, les calmants, les super-acides), Convention sur certaines armes conventionnelles (connue sous le nom de “convention sur les armes inhumaines”) .
  • L’extrême diversité des technologies – souvent civiles, parfois banales- amplifie les risques de dissémination. Faut il les interdire ? Comment contrôler leur développement, leur production, leur commerce ?

Publié dans Nouvelle pratique des alliances Cahier d’etudes stratégiques n° 20 – 2ème trimestre 1997

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