Failed states

La notion d’état failli (failed state) ou « défaillant » (failing) est entrée dans le discours stratégique au début des années 90.

Elle affleure, des 1991, chez des théoriciens de la guerre : observant que la majorité des conflits depuis 1945 ont été des guerres civiles , Martin Van Creveld voit, des 1991, dans l’effondrement de l’état (collapse) le phénomène géopolitique dominant de l’époque : les « low intensity wars », non conventionnelles, ( « non clausewitziennes ») , et leur cortège de massacres, seront la forme dominante de guerre dans le futur. Il s’interroge sur l’utilité et sur la capacité des États Unis à intervenir dans ce type de conflit. Au même moment, les partisans de la sécurité collective aboutissent a un constat similaire : les risques de désintégration des états requièrent un renforcement de l’assistance économique aux jeunes démocraties. Ils préconisent une plus forte implication des États Unis dans l’ONU, dans les expéditions humanitaires et les opérations de paix.

La notion d’état failli se banalise avec la crise somalienne. Appliquée, dans un premier temps, aux crises qui surviennent dans la zone de sous développement éloignée (Somalie, Liberia, Sierra Leone, Rwanda, Afghanistan, Ceylan), ou proche ( Haïti, Algérie), elle a très vite été étendue aux crises dans les pays de l’ex-bloc communiste (Yougoslavie, Géorgie, Nagorno-Karabkh, Tchetchénie).

Un état failli, c’est un état « confronté a de sérieux problèmes qui compromettent sa cohérence et sa pérennité… » ( 1).  » Certains états sont incapables de gérer le défi des rivalités ethniques, tribales et religieuses. Il en résulte un désordre interne et des violations des droits de l’homme, qui vont de l’effondrement de l’état de droit jusqu’aux flots de réfugiés et au génocide ». ( 2)

L’état failli (failed), troublé ( troubled) ou faible (weak) est doublement défaillant :

  • Au plan extérieur : « Il ne peut faire face au critère crucial de la souveraineté nationale : la capacité a pacifier les territoires nationaux et assurer la protection des populations qui vivent a l’intérieur des frontières » ( 3 )
  • Au plan extérieur : il est « incapable de tenir son rang comme membre de la communauté internationale « .( 4 )

Une des tâches des stratégistes consiste a simplifier le monde, à faire entrer la diversité des états dans des typologies : ces classifications servent de langage commun pour les militaires et les diplomates. La notion d’état failli s’est avérée parlante et surtout très productive : unifiante, elle englobe sous une même catégorie un grand nombre d’états. A la distinction, au Nord, entre « démocraties de marché » et « états en transition vers la démocratie et le marché » répond au Sud, la distinction entre « rogue states » ( menaçants, marqués par un excès d’étatisme) et « failed states » (menacés, souffrant d’un déficit d’état).

La notion d’état failli fonctionne comme catégorie typologique, pour classer les états, mais aussi comme catégorie analytique, pour caractériser leur dynamique.

  • Extensive, la notion de défaillance, peut s’appliquer a n’importe quel état : aux états en transition, aux « rogue states », aux « market democracies ».
  • Liberia, Haïti, Inde , Mexique, Irak, Russie : on détecte les symptômes de défaillance partout. Même aux États Unis.
  • En combinant les critères de puissance ou de proximité avec des diagnostics sur la défaillance des états (probabilité et intensité) , on peut situer les états sur une échelle des menaces. Une défaillance de faible intensité d’un état puissant (ou voisin) figurera en tête des menaces : on s’attachera a la prévenir ou a l’enrayer. En revanche, l’implosion d’une petite nation lointaine ne relèvera que de l’intérêt humanitaire (humanitarian concern) : on n’interviendra qu’au cas par cas. Le plus souvent tardivement.

Publié dans Nouvelle pratique des alliances Cahier d’etudes stratégiques n° 20 – 2ème trimestre 1997

Notes :

[1] William Olson,  » The new world disorder : Governability and development » in Gray aera ; confronting the new world disorder,Westview, 1993.

[2] Strategic Assessment, INSS, National Defense University 1997.

[3] John Mason, Failing nations : what US response ? Great Decisions 96, Foreign Policy Association, New York, Janvier 1996

[4] Gerard Helman et Steven Ratner, « Saving failed states », Foreign Policy, 89, hiver 1992-93).

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