Archives mensuelles : janvier 1997

Rogue states

Avant même l’effondrement de l’URSS, les stratégistes américains pointaient le doigt vers un petit nombre Etats perturbateurs : Iran, Libye, Corée du Nord. Menaçant pour leurs voisins, ils étaient accusés de recourir au terrorisme, ou de chercher à se doter de capacités nucléaires.

Après la disparition de l’URSS, ces Etats ont été regroupés sous la catégorie unifiante de « rogue states ». Et collectivement érigés au rang d’ennemi.


Vis à vis de ces états, le discours stratégique américain oscille entre deux démarches : analytique (black list) ou agrégeante (catégorie stratégique unifiante).

  • La première démarche consiste à tenir à jour et a réviser périodiquement la « black list » des états dangereux ou hostiles : il s’agit de designer » nommément, individuellement, à l’opinion intérieure et a l’opinion internationale, preuves a l’appui, l’un ou l’autre de ces états en vue de les isoler diplomatiquement, de les sanctionner.

Inscrire ces Etats sur la « black list » implique un effort minimal d’objectivation : définition de critères objectifs : financement ou recours au terrorisme, détention ou acquisition d’armes de destruction massive.

  • La seconde démarche consiste à regrouper ces états et d’autres sous une catégorie globale et unifiante. »Rogue states », « backlash states » , « outlaw states », « bullies ». Cette démarche unifiante, amorcée au lendemain de la Guerre du Golfe, réactivée par la crise coréenne, s’est rapidement imposée dans la communauté stratégique américaine.

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Failed states

La notion d’état failli (failed state) ou « défaillant » (failing) est entrée dans le discours stratégique au début des années 90.

Elle affleure, des 1991, chez des théoriciens de la guerre : observant que la majorité des conflits depuis 1945 ont été des guerres civiles , Martin Van Creveld voit, des 1991, dans l’effondrement de l’état (collapse) le phénomène géopolitique dominant de l’époque : les « low intensity wars », non conventionnelles, ( « non clausewitziennes ») , et leur cortège de massacres, seront la forme dominante de guerre dans le futur. Il s’interroge sur l’utilité et sur la capacité des États Unis à intervenir dans ce type de conflit. Au même moment, les partisans de la sécurité collective aboutissent a un constat similaire : les risques de désintégration des états requièrent un renforcement de l’assistance économique aux jeunes démocraties. Ils préconisent une plus forte implication des États Unis dans l’ONU, dans les expéditions humanitaires et les opérations de paix.

La notion d’état failli se banalise avec la crise somalienne. Appliquée, dans un premier temps, aux crises qui surviennent dans la zone de sous développement éloignée (Somalie, Liberia, Sierra Leone, Rwanda, Afghanistan, Ceylan), ou proche ( Haïti, Algérie), elle a très vite été étendue aux crises dans les pays de l’ex-bloc communiste (Yougoslavie, Géorgie, Nagorno-Karabkh, Tchetchénie).

Un état failli, c’est un état « confronté a de sérieux problèmes qui compromettent sa cohérence et sa pérennité… » ( 1).  » Certains états sont incapables de gérer le défi des rivalités ethniques, tribales et religieuses. Il en résulte un désordre interne et des violations des droits de l’homme, qui vont de l’effondrement de l’état de droit jusqu’aux flots de réfugiés et au génocide ». ( 2)

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Non-lethal weapons (Armes non-letales)

Nouvelle génération d’armes ayant pour dénominateur commun un usage retenu de la violence, une limitation de la létalité.

1) Soft kill, mission kill, life conserving, no collateral damages munitions (LCDMs), non injurious incapacitation, disabling munitions (DMs) , bloodless, less than letal weapons (LLWs), non letal disabling technologies (NLDTs), non letal weapons (NLWs) …

Ce flottement de vocabulaire trahit la difficulté à rassembler sous un même terme un ensemble hétérogène d’armes, de fonctionnalités et d’intentions.

  • Les armes non-letales ANL visent à handicaper, incapaciter, à mettre (temporairement) hors d’état de combattre des combattants (ou des foules hostiles). Sans tuer, ni même « faire couler le sang ». Il s’agit, par exemple, de fusils à rayon laser, de grenades “abasourdissantes”, de générateurs à infrasons. Sous cet angle, les ANL s’inscrivent dans la filiation des armes et munitions utilisées par les forces de l’ordre : gaz lacrymogènes, balles en plastique…
  • Les ANL visent à limiter les « dommages collatéraux » sur les populations civiles, les infrastructures civiles et l’environnement au sens large. Sous cet angle, les ANL poursuivent et renouvellent la quête ancienne du ciblage et de la « précision ».
  • Les ANL visent moins à détruire les matériels, les moyens de transport, les infrastructures, militaires ou civils, qu’a paralyser leur fonctionnement. Les ingénieurs pensent à des super-acides capables de liquéfier à peu près n’importe quel matériau, à des inhibiteurs de combustion pour bloquer les moteurs, à des substances qui transformeraient les routes et les pistes d’atterrissage en patinoire, à des colles qui engluent sur place n’importe quel type d’équipement.

Se rattachent aussi aux ANL les armes qui perturbent les systèmes d’information et de communication. Ici, c’est une « panne stratégique  » ( strategic immobility) qu’il s’agit de provoquer, par le déclenchement de virus informatiques qui insèrent de fausses instructions dans les logiciels, ou par l’émission d’impulsions électromagnétiques capables de dégrader des composants électroniques…

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Exit strategy (stratégie de sortie)

Démarche qui consiste à déterminer, par avance, lors de la décision d’engagement des forces dans les critères de désengagement.

L’exit strategy fait écho aux discussions post-guerre du Vietnam sur la « war termination  » : comment éviter l’enlisement ou l’escalade.

La multiplication des conflits armés et des crises humanitaires réactive le débat sur les critères d’engagement.

Il existait, depuis Weinberger, une check-list des critéres d’engagement, mais celle ci s’avère insuffisamment précise. En 1994, l’administration Clinton élabore une Directive Présidentielle sur la participation aux opérations de paix de l’ONU. L’expérience somalienne, toute proche, influence sa rédaction. La PPD 25 énonce une hiérarchie de critères servant à définir les cas d’engagement dans ce type d’opérations. Deux d’entre eux ( « la durée de l’opération doit être prévue en fonction d’objectifs clairs et d’un critère réaliste fixant la fin de l’opération » ), repris dans la National Security Strategy of Engagement and Enlargement , vont fusionner. La notion d’exit strategy , ramassée et parlante, va s’imposer dans le débat sur l’expédition en Haïti.
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Peer competitor (compétiteur pair)

La disparition des russes a créé un grand trou dans les motivations, les méthodes et les concepts de défense aux États Unis. Avec la disparition du rival stratégique resurgit au premier plan la thématique du leadership américain : une primauté ( primacy) qui vise et ne vise qu’a se pérenniser .

« Il ne suffit pas d’être le primus inter pares. Il faut être le primus solus… ; L’ordre mondial et la sécurité nationale imposent aux États Unis de maintenir la primauté qui émerge de la Guerre Froide. L’effondrement de la bipolarité ne doit pas déboucher sur la multipolarité. L’unipolarité est préférable. » ( 1 )

Cet objectif autiste – la préservation de la suprématie- avait été formulé en mars 1992 dans une version de travail du Defense Planning Guidance. « Notre premier objectif est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ex Union Soviétique ou ailleurs, qui constituerait une menace comparable a celle de l’Union Soviétique dans le passé… Notre stratégie doit se recentrer pour éviter l’émergence d’un compétiteur global potentiel futur… ». Une fuite de ce document dans la presse suscita une intense controverse. L’administration Bush fut contrainte de prendre ses distances.

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