Archives mensuelles : septembre 1996

Les ambiguités calculées de l’exit strategy

La notion d’exit stategy est solidement installée dans le débat américain. Erigée en doctrine, elle a été mise en oeuvre de manière explicite en Bosnie. Et soumise à l’epreuve des faits.

Cette doctrine a pris forme de manière très progressive. En 1994, l’administration Clinton élabore une Directive Présidentielle sur la participation aux opérations de paix de l’ONU ( 1 ) . L’expérience somalienne, toute proche, influence sa rédaction. La PD 25 énonce une hiérarchie de critères servant à définir les cas d’engagement dans ce type d’opérations. Deux d’entre eux ( « la durée de l’opération doit être prévue en fonction d’objectifs clairs et d’un critère réaliste fixant la fin de l’opération »), repris dans la National Security Strategy of Engagement and Enlargement ( 2 ), vont fusionner : la notion d’Exit Strategy » ( 3 ), ramassée et parlante, va s’imposer dans le debat sur l’expédition en Haiti.

Cette intervention en Haiti est présentée comme un succès : les objectifs définis ont été atteints, dans les délais annoncés. Antnony Lake, suivi en cela, par certains analystes, radicalise le raisonnement : s’il y a succès, c’est parce qu’il avait, au départ, une bonne « stratégie de sortie », et qu’elle a été convenablement mise en oeuvre.

Fin 1995, dans la discussion au Congres sur l’envoi de troupes en Bosnie, les partisans et les adversaires de l’intervention argumentent et s’opposent à travers le « langage commun » de l’exit strategy. Certains discutent la coherence des objectifs ; d’autres, approuvent les objectifs, mais mettent en doute le realisme du calendrier (Douze mois ne permettront pas d’atteindre les objectifs.) Richard Perle, plus radical, observe qu’une « date de sortie » ne constitue pas une « stratégie de sortie ». D’autres, enfin, soulignent l’inversion maligne intervenue entre deadline et objectifs. « C’est la stratégie de sortie qui est la mission. La mission est de se montrer et de partir, elle n’est pas de rester jusqu’à ce que les objectifs soient atteints »  ( 4 ).

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