Archives mensuelles : mai 1996

Faxer ou périr, une culture de l’urgence

Article paru dans le Monde Diplomatique en mai 1991

Economistes et futurologues décrivent en termes d’accélération les changements intervenus dans le cycle de vie des produits, dans la circulation des choses, le déplacement des hommes et la diffusion des informations.

Les réseaux de télécommunications ont indiscutablement favorisé cette accélération du métabolisme économique et des médias. L’essayiste Alvin Toffler y voyait, dès 1974, « l’essence même de la modernité » [1]. Selon lui, le « choc du futur » résultait de l’inadaptation des hommes et des organisations à la vitesse accrue des changements, et à la réduction des temps de réaction.

Ces effets d’accélération ne sont pourtant pas du même ordre dans l’espace-temps de « l’économie normale souvent routinière » et dans celui de « l’économie supérieure, sophistiquée« , pour reprendre la distinction en « étages » de Fernand Braudel [2]. Dans la sphère de l’ « économie supérieure, sophistiquée », téléphones, réseaux et micro-ordinateurs transforment en « échanges instantanés des procédures qui s’étalaient auparavant à travers les heures, les journées et les semaines » [3] . Le temps de la transaction se contracte et bascule dans l’instantanéité, le « temps réel » des informaticiens. Logiciels et systèmes experts viennent suppléer aux lenteurs de l’esprit humain. En marge de ces temporalités du « juste à temps » et du « temps réel”, émerge aussi une culture de l’urgence : la généralisation de la télécopie, du « fax » en consacre la banalisation. Lire la suite