Archives mensuelles : juillet 1988

Christine Jacquet, l’oubliée de la nuit

CJ fenetre

La romancière Christine Jacquet a résilié, le 29 juin dernier, le sursis qu’elle s’accordait depuis quelques années. En se donnant la mort, elle a ajouté quelques points de suspension à une existence qu’elle avait voulu insoumise.

Elle était née à Lyon le 23 avril 1951, mais, très tôt, avait élu domicile dans le neuvième arrondissement de Paris. Cette oubliée de la nuit, qui n’aimait que les lumières artificielles, ne pouvait respirer et écrire loin de la gare du Nord. Elle se sentait comme à l’abri sur les quais de cette résidence secondaire. L’anonymat la rassurait sur son identité, et elle s’amusait parfois à prêter des destinées à des voyageurs qui n’avaient jusqu’alors que des destinations.

Elle laisse deux romans : Vingt mille ans après Jissé (Laffont, 1981) et Angle mort (Laffont, 1985). Deux bombes chargées d’invectives et de beauté convulsive. Deux bouées de sauvetage, aussi, car cette jeune femme timide, qui dissimulait des orages derrière ses yeux verts, croyait en la fraternité des esseulés. L’insuccès relatif de ses livres ne la chagrina pas outre mesure, mais elle ne supporta pas l’indifférence de la critique. Et, un soir, elle fit un esclandre sur le plateau de  » Droit de réponse « . Les journalistes présents prirent pour de l’aigreur son désarroi, et ses mots se perdirent dans le brouhaha des uns et les ricanements des autres.

Christine Jacquet, c’était aussi une voix au timbre indéfinissable, entre rires et larmes. Elle rédigeait ses chroniques pour France-Culture sur des cahiers d’écolier et les lisait d’une traite. Elle y exprimait son peu de goût pour les pesanteurs de la vie quotidienne. Mais son humour était tel qu’elle aurait fait rire en relatant une catastrophe. Un après-midi de juin, elle a trompé la vigilance de ses amis…