Guerre des données: L’information, une marchandise (1979)

(Maurice Ronai et Antoine Lefebure, « La guerre des données » in Le Monde Diplomatique, novembre 1979 )

« Cette denrée se préparera sous des formes de plus en plus maniables ou comestibles ; elle se distribuera à une clientèle de plus en plus nombreuse ; elle deviendra chose de commerce, chose qui s’exporte, chose enfin qui s’imite et se produit un peu partout. »

Les connaissances s’ « exploitent », se « transforment », se « traitent ». L’accès au savoir se vend, comme n’importe quel autre produit industriel. Les impératifs de rentabilité et la concurrence annoncent une guerre commerciale où risquent de s’engloutir les notions de service public et de souveraineté de L’Etat.

L’information n’a jamais été gratuite. Livres et revues se vendent comme n’importe quel produit. Quand on assimile un livre ou une revue à une marchandise, on ne peut dissocier l’information de son support : papier et encre. A nombre de pages égal, un livre « intéressant » et bourré d’informations coûte aussi cher que le livre « creux ». Seules certaines publications, les lettres d’informations confidentielles sur abonnement, les études réservées à un ou à quelques commanditaires, font payer cher la valeur des informations rassemblées, et non le prix du papier.

L’existence d’un secteur public de la documentation (bibliothèques, services universitaires, centres d’information) représente une poche de gratuité dans un ensemble soumis aux lois du marché. Même les services documentaires d’entreprise échappent a la logique marchande : s’ils obéissent à des critères de productivité, ils n’en sont pas moins perçus comme frais de fonctionnement internes à l’entreprise, jamais comme achat d’une prestation.

Par rapport à l’information stockée sur papier, dispersée, inaccessible à distance, les données extraites et transmises en temps réel représentent une information d’un ordre supérieur. On n’achète pas une certaine quantité de papier, une certaine qualité d’impression ou de brochage, mais l’information elle-même, référence ou donnée brute. En fait, cette information n’est pas non plus dissociable du support informatique qui la restitue, a fortiori quand la restitution se complique d’un traitement graphique ou mathématique.

Ce sont, à la fois, un service et un produit qui sont vendus et, suivant les cas, incorporés au produit final, plus ou moins de temps machine (puissance informatique), plus ou moins de temps humain. Dans une banque de données, on peut acquérir une donnée brute (combien de tonnes de café ont été produites au Brésil en 1976), mais aussi une série statistique (sur dix ans), un agrégat (production agro-alimentaire), une estimation prospective (combien de tonnes seront produites en 1985), une stratégie de pénétration.

Quand on parle aujourd’hui d’industrie de l’information, on désigne un double phénomène :

1) Il n’y a rien de métaphorique ou d’abusif, à qualifier d’industrielle l’opération qui consiste à exploiter des gisements informationnels, plus ou moins concentrés, enfouis ou à ciel ouvert. La collecte, l’indexation, la mise en mémoire s’apparentent à l’extraction et à la transformation d’une matière première ;

2) La documentation a longtemps été considérée comme un service annexe. L’amortissement des coûts occasionnés par l’automatisation oblige à penser en termes de prix de revient : on passe d’un produit domestique à un produit industriel, la rentabilité ne pouvant, dans le cas d’une firme, être atteinte au niveau d’un seul utilisateur.

La démarcation entre producteurs de données et distributeurs de données s’est faite progressivement. Le groupement professionnel, le laboratoire ou l’association scientifique qui met en oeuvre la base ou la banque de données n’a pas vocation ou compétence pour vendre ; il fait appel à des sociétés spécialisées, qui chargent ces données sur un ordinateur affecté à cette activité : ordinateur-serveur (host). L’exploitant est le responsable du chargement des données. Outre la conception et l’amélioration des logiciels, Il assure la satisfaction des demandes, la promotion des produits et la formation des utilisateurs. Il a été recensé aux Etats-Unis plus de cinquante fournisseurs de données, dont 93% sont des sociétés privées. Ce peut être une activité centrale, ou le département d’un groupe industriel (comme Lockheed), d’une société de conseil (System Development Corporation), d’une société informatique (Control Data ou General Electric).

Dans 57 % des cas, le fournisseur (appelé encore serveur), gère des banques où des bases qu’il n’a pas conçues. Dans 27 % seulement des cas, il gère ses propres bases ou banques.

A un pôle, on trouve les supermarchés, comme Lockheed Information System ou System Development Corporation, qui proposent près d’une centaine de bases bibliographiques sur tous les sujets ; à l’autre pôle, la boutique spécialisée qui vend un service complet, de la donnée brute jusqu’à l’expertise, mais dans un seul domaine. C’est le cas de Data Resource Inc., pour l’information économique.

Si le mouvement de commercialisation, stimulé par la concurrence entre serveurs, a eu pour effet premier d’améliorer les logiciels et les performances, d’assurer une distribution plus rapide et une plus grande facilité d’interrogation, il tend de plus en plus à déplacer l’accent de la satisfaction d’un besoin vers la production d’une demande. Les efforts sont de plus en plus concentrés sur l’élargissement de la clientèle. Le nombre de consultations a sextuplé entre 1973 et 1976 passant de 20000 à 1 200 000. Ou encore, de 700 000 en 1974 il est passé à 2 000 000 en 1977. Le marché potentiel est évalué à 80 000 000 au 100 000 000 de consultations (le coût d’une consultation variant de 40 à 300 dollars, le chiffre d’affaires potentiel serait de 5 milliards de dollars).

Les études de marché prolifèrent pour évaluer les meilleurs moyens d’atteindre ces milliers d’utilisateurs potentiels, et en premier lieu les entreprises : banques de données géantes stockant à base prix des milliards de données, banques de données structurées autour de modèles de simulation, ou encore banques de données restreintes ancrées dans un créneau. On peut se demander si les services documentaires à vocation de service public auront, en Europe, le dynamisme nécessaire pour rivaliser avec les services marchands, et surtout si cette guerre commerciale ne se fera pas au détriment de la préservation de filières informationnelles décisives pour la souveraineté des Etats.

Une nouvelle matière première pour réactiver la croissance des économies essoufflées

L’automatisation de la documentation

« C’est du volume de données dont elle dispose que notre époque tire un sentiment immérité de sa supériorité alors que le véritable critère porte sur le degré auquel l’homme sait pétrir et maîtriser les informations dont il dispose. » GOETHE

L’informatique et le développement des télécommunications démultiplient les possibilités d’accès à de vastes « réservoirs de pensée ». Mais la technologie en quête d’applications ne va-t-elle pas dicter de nouveau enjeu dans les rapports entre Etats, un nouveau modèle de société dont les contours sont systématiquement idéalisés ?

Révolution informationnelle, société informationnelle, âge de l’information, société postindustrielle, troisième âge de la révolution industrielle… Toute une série d’analyses (1) mettent l’accent sur l’information comme nouvelle matière première, nouvelle forme d’énergie, pétrole du vingt et unième siècle, agent majeur de la croissance, moteur de l’économie, nouvelle frontière pour des sociétés essoufflées. La crise de l’énergie confère à ces prévisions une acuité particulière. Sont brassés dans ces vastes synthèses les nouveaux supports vidéo, les satellites, les fibres optiques, les réseaux de. télécommunication, les micro-ordinateurs, les microprocesseurs, et leurs applications. Pêle-mêle, des applications qui existent depuis longtemps, d’autres qui se mettent en place, des choses qui n’existent pas encore, et d’autres qui n’existeront peut-être jamais.

Les banques et bases de données sont au croisement de ces technologies : le traitement de l’information connaît une mutation, baptisée « révolution documentaire » (2) Elle combine une informatisation des fichiers, conçus pour être interrogés en « conversationnel » (on line), et des réseaux de télétransmission internationaux qui permettent d’accéder à ces vastes « réservoirs de pensée ». Il est actuellement possible, à partir de n’importe quel lieu où l’on dispose d’un téléphone, d’interroger à l’aide d’un terminal plusieurs millions de références d’articles, plusieurs milliards de données numériques ou textuelles sur tous les sujets, de modifier immédiatement la question en fonction des premières réponses et d’obtenir en quelques minutes l’information souhaitée.

On peut, il faut, distinguer trois approches de cette « révolution documentaire » : comme ressource stratégique, comme marchandise, comme support de relations sociales. a) En effet, si l’information, son contrôle, son stockage, assurent du pouvoir, depuis des temps immémoriaux, l’amplification apportée par les nouvelles technologies définit un nouvel enjeu dans les rapports entre Etats, entre Etats et firmes multinationales, dans les rapports entre Etats nantis (data rich) et les autres (data poor). L’indépendance nationale, la souveraineté de la recherche et des décisions, se modèlent suivant de nouvelles configurations ;

b) Les nouveaux systèmes de distribution de l’information bouleversent le champ du savoir en systématisant des critères de coût, en homogénéisant les tarifications. Jusqu’alors, l’information, si elle était dispersée, difficile d’accès, si elle se présentait sous une forme brute ou indifférenciée, était le plus souvent « gratuite », et des services publics en assuraient la collecte et le classement : bibliothèques, centres de documentation. Marchandise, elle donne lieu à une « industrie de l’information », régulée par des critères de profit ;

c) Enfin, comme automatisation de la mémoire collective, comme mode d’organisation de la connaissance, les banques et bases de données portent en elles un modèle de société qu’il est encore trop tôt pour décrire. Ce qui frappe, c’est que ces enjeux de civilisation sont, comme toujours, relégués comme « effets », retombées, jamais comme « projet ». Et ces effets sont le plus souvent idéalisés comme promesse d’une transparence, d’une société interactive, d’une égalisation dans l’accès au savoir. Les nuisances sont, comme toujours, sous-évaluées, et les résistances décrites comme refus du changement.

Comme c’est souvent le cas avec les « nouveaux services » ou les innovations, on ne sait au juste ce qui prime : la réponse à un besoin, ou la technologie en quête d’applications ? Le congrès de la Société américaine des sciences de l’Information concluait en 1972 à « l’interaction entre le développement technologique et les besoins des utilisateurs ». Mais quelle interaction ?

Le pullulement des écrits scientifiques

Les besoins sont indéniables : quels que soient les indicateurs de mesure (volume, fréquence, taux d’augmentation), on assiste à une inflation d’informations, publications, rapports de recherche, imprimés. Si on se restreint au champ de l’information scientifique et technique (I.S.T.) sur lequel ont été tentées de nombreuses estimations, on constate que les indices du volume de la littérature scientifique ont été multipliés par un facteur d’environ un million entre 1660 et 1960. Un rapport de L’O.C.D.E. faisait état pour 1993 de 35 000 revues scientifiques, dont 6 200 américaines (3). Un rapport de l’UNESCO situe leur nombre entre 50 000 et 70 000 (4). Deux millions d’écrits scientifiques sont mis en circulation annuellement, soit 6000 ou 7000 articles par jour ouvrable. Suivant une autre étude, articles et rapports scientifiques et techniques totalisent 250 millions de pages par an, ou encore 20 millions de mots par jour. « Cette production courante s’ajoute, bien entendu, au stock précédemment accumulé. Celui-ci a été évalué à 10 billons de caractères alphanumériques, soit 1013  » (5).

Certaines données économiques fournissent une autre mesure du phénomène : ainsi aux Etats-Unis, les dépenses fédérales pour l’I.S.T. sont passées de 150 millions de dollars en 1965 à 500 millions de dollars en 1968. Quelle que soit la valeur de ces estimations globales, leur seule convergence tend à prouver qu’une part substantielle des budgets nationaux consacrés à la recherche et au développement est maintenant affectée à l’entretien et à l’amélioration des services d’information (de 2 à 5 %).

Il convient cependant de tempérer cette idée selon laquelle, en matière d’I.S.T., nous serions entrés dans une période de crise ou d’inondation. Si la quantité d’informations croît, le nombre de chercheurs pour les traiter croit tout autant. De plus, dans un système documentaire bien conçu, « la bonne information chasse la mauvaise » et l’information ancienne laisse la place à l’information récente. Des mécanismes subtils, le « collège invisible » cher aux sociologues anglo-saxons, assurent une circulation parallèle de l’information, élitaire il est vrai. Enfin, cette prolifération est en grande partie artificielle : obligation pour les chercheurs de publier puisque leur carrière est indexée sur le volume d’articles édités, persistance ou création de revues dans un souci de prestige, d’image institutionnelle, en fonction de critères extra-scientifiques.

Ce qui frappe, c’est que, dans les réunions internationales ou les organismes qui orientent nationalement la recherche, on s’est assez peu posé le problème de la contraction du volume d’I.S.T, de l’amélioration des méthodes d’exposition et d’expression des écrits, d’une réduction du nombre des publications, pour se consacrer essentiellement à l’amélioration des procédures de classement et de stockage.

De ce point de vue, on retrouve dans le domaine de la documentation une application de cette loi selon laquelle l’informatique donne la possibilité d’occulter les choix, de repousser les échéances, d’assurer la survie d’ensembles que leur taille, leur poids démesuré, leur engorgement, condamnaient à se réformer pour ne pas s’effondrer sous leur propre masse. Le parallèle esquissé par G.A. Boutry (6) entre les problèmes d’I.S.T. et ceux de la circulation automobile se justifie parfaitement. De même que l’informatique a pu atténuer et rendre supportable la saturation des cités par la coordination automatique des feux de circulation et l’optimisation des flux (en attendant, comme au,Japon, la programmation centralisés des itinéraires, chaque voiture étant reliée à un ordinateur central), éludant ainsi des choix en matière de transports collectifs, de voirie ou d’implantation des lieux de travail, de même aujourd’hui elle rend viables des systèmes documentaires géants en éludant les remèdes que l’on pourrait porter à ce gonflement des données à traiter.

Depuis la fin du dix-neuvième siècle, se multiplient les efforts destinés à rationaliser la fonction documentaire et à la constituer en technique. Le Chemisches Zentral-blatt date de 1830 et l’Engineering index de 1885. Suivront les efforts de normalisation internationale (la C.D.U., classification décimale universelle) puis, en 1912, l’utilisation du micro-film à des fins de stockage ; entre 1929 et 1933, les études de classification bibliographique ; à partir de 1940, les cartes perforées, puis les sélecteurs photographiques, les systèmes de répertoriage par fiches superposables. La technique documentaire passe progressivement de la conservation pure et simple à l’exploitation des documents, de l’archivage au traitement. Mais la mutation décisive se produit avec la mise en oeuvre de l’ordinateur, l’apparition d’une troisième génération informatique (mémoires de masse, fichiers magnétiques, disques, accès direct, temps partagé, procédures dites conversationnelles ou interactives), puis l’interconnexion pour le traitement à distance.

L’automatisation documentaire résulte de ce croisement entre trois séries technologiques indépendantes : documentation, informatique et télécommunications. Ce croisement n’était nullement « naturel ». Il n’est pas l’aboutissement logique d’un effort séculaire, où plutôt il ne se produit pas n’importe quand ni n’importe où. Les infrastructures, le développement des interfaces et des logiciels étaient très coûteux. C’est à l’occasion des grands programmes militaires, puis spatiaux, que sont expérimentés et financés les nouveaux systèmes documentaires.

On sait comment la recherche scientifique aux Etats-Unis a été largement annexée par le département de la défense. Ainsi, en 1957, 53 % du montant total des dépenses américaines (publiques et privées) de recherche et développement étaient consacrés à la défense.

« Les militaires sont vraiment déterminés à utiliser à fond toutes les ressources du savoir et agissent en conséquence…. Une liste (élaborée par l’Army Research Office) de 1961 énumère quatre-vingt-neuf domaines à prospecter, et y sont abondamment représentées, à côté de la physique et de l’électronique, les sciences de la vie, les mathématiques, les sciences de la terres les sciences humaines » (7). Cent treize centres d’analyse sont constitués pour mémoriser tous les documents intéressants. Un énorme volume de grand format, plus de mille cent pages, imprimé en petits caractères : c’est le condensé de la littérature scientifique parue de 1960 à 1964 dans le domaine de l’human engineering. Préparé exclusivement pour l’U.S. Army par l’institute for Psychological Research, c’est une compilation de plusieurs milliers d’articles et de livres. Leur objet est de connaître les effets de l’environnement sur les individus. Même, là où l’armée n’oriente pas les recherches à leur origine, elle est en mesure d’en recueillir les résultats, systématiquement, à l’arrivée. » (8). En 1957, ces centres d’analyse sont dotés de moyens informatiques.

Les premiers réseaux de données furent conçus pour la National Security Agency, l’agence chargée d’intercepter et de traiter les communications et les signaux radar du monde entier. Il fallait rassembler ces données le plus rapidement possible, le facteur vitesse étant décisif dans l’exploitation de ce type de renseignement. Au début des années 60 se met en place un réseau maillé par câbles et faisceaux hertziens entre les stations d’écoute et les centres de traitement. A la même époque, à l’initiative de la Rand Corporation, le département américain de la défense installe un réseau expérimental reliant les centres de recherche universitaires et militaires : Arpanet (Advanced Research Projects Agency).

Une fois maîtrisée sur crédits militaires, la technologie passe dans le domaine civil. Des sociétés sont chargées de commercialiser les logiciels mis au point ou les données rassemblées : Lockheed et System Développement Corporation .(S.D.C.). On peut alors parler d’un véritable complexe militaro-informationnel.

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Notes

(1) Machlup F., The production and distribution of knowledge in the United States, Princeton, 1962. Porat M., The information Economy, Stanford University, 1976 : Building a primary and secondary information sector : a national income accounts manual, O.C.D.E., Paris, 1977. Ithiel de Sola Pool, Policy choices for the information age in refocusing government communications policy, Aspen Institute, Londres, 1976. Bell D., Vers la société post-industrielle, Robert Laffont, Paris, 1976. Jantsch, la Prévision technologique, O.C.D.E ;, 1967. Attali J., la Parole et l’outil, P.U.F., Paris, 1975.

(2)  « La révolution documentaire aux Etats-Unis », Problèmes politiques et sociaux, n°321, la Documentation française, Paris, 1977.

(3) Georges Anderia, l’information en 1985, O.C.D.E., Paris, 1973.

(4) UNISIST, Etude sur la réalisation d’un système mondial d’information scientifique, UNESCO, Paris, 1971.

(5) L’information en 1985, op.cit.

(6) Boutry G.A., la Connaissance et la Puissance, Albin Michel, Paris, 1974.

(7) Thuillier P., « Les scientifiques et la course aux armements », in la Recherche, Paris, janvier 1972.

(8) Idem.

 

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