Les candidats à la Présidence et le fichier TES

TESLa publication du décret relatif au fichier TES avait suscité cet hiver une vive controverse. Elle avait finalement donné lieu à un audit confié à l’ANSSI et à la DINSIC.

Le Conseil National du Numérique, appelait début février les candidats à la présidence « à exprimer leur position leur position sur le fichier TES et son évolution à moyen terme, ainsi que sur la construction d’une nouvelle gouvernance des choix technologiques au sein de l’État ».

On pouvait s’attendre à ce que cette question rebondisse à l’occasion du débat présidentiel.

J’ai fait le tour des programmes des cinq principaux candidats, des déclinaisons numériques de leurs programmes ainsi que des réponses qu’ils ont apportées au questionnaire adressé aux candidats par le Think Tank Renaissance numérique.

Benoît Hamon annonce l’ouverture d’un vaste chantier de l’identité numérique.

Benoit Hamon aborde cette question dans son projet numérique:  « Parce que la question des libertés individuelles et de l’identité constitue un enjeu stratégique à l’ère du réemploi des données personnelles, (j’) engagerai un grand débat public sur « l’identité à l’heure du numérique ».

Une démarche explicitée dans sa réponse à la question « Jusqu’où comptez-vous aller dans la dématérialisation des services publics ? » qui figure dans le questionnaire de Renaissance Numérique. Benoît Hamon.

« Pour pouvoir être intraitable sur la loyauté des acteurs économiques dans le traitement des identités et des données des citoyens, l’État doit être exemplaire dans ses propres pratiques. C’est pourquoi je veux organiser un grand débat public avant de lancer le chantier de l’identité à l’heure du numérique.

Le projet de numérisation de la chaîne de traitement des cartes d’identité (le fichier TES), au-delà de la méthode suivie et du choix d’une architecture centralisée, témoigne d’une approche fragmentée des questions liées à l’identité. Sécurisation des titres d’identité (avec le fichier TES), authentification pour les services en ligne, mise en œuvre du règlement européen eIDAS, inscription sur les listes électorales sont autant de facettes d’un vaste chantier à ouvrir.

Compte tenu des enjeux de libertés publiques, économiques, de modernisation des administrations, de souveraineté numérique, la mise en route de ce chantier multidisciplinaire de grande ampleur devra donner lieu à un vaste débat public, associant administrations, entreprises, chercheurs et société civile ».

Pour Jean-Luc Mélenchon, le fichier TES est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

« Nous sommes favorables à l’approfondissement et à l’extension de la dématérialisation des services publics. (…) Nous développerons cette architecture en lien avec les services de l’État (notamment l’ANSSI et la DINSIC), les laboratoires de recherches (cf. travaux de l’INRIA sur le fichier TES) et la CNIL (qui verra ses moyens augmentés) et en prenant en compte les expériences passées en France et à l’étranger (cf. Estonie). Nous aurons à cœur de développer une architecture ouverte, décentralisée et sécurisée. Elle permettra aux collectivités, citoyens, associations, entreprises d’accéder à un ensemble de services en lignes tout en s’assurant de la sécurité et de l’interopérabilité des données.

À ce titre, le fichier TES est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. » (Réponse au questionnaire de Renaissance Numérique)

Silence d’Emmanuel Macron 

Le  programme de l’ancien ministre de l’économie  prévoit la dématérialisation de la délivrance des titres d’identité:  « Tous les renouvellements de documents officiels (carte d’identité, passeport, carte grise, etc.) devront pouvoir se faire en ligne, sans nécessité de se déplacer ».

Emmanuel Macron ne juge pas utile de préciser les conditions dans lesquelles cette dématérialisation sera réalisée, notamment quant à la centralisation ou pas des données biométriques.

Au sein de son équipe, c’est Mounir Mahjoubi qui est en charge des questions liées au Numérique. Il y a encore quelques semaines, Mounir Mahjoubi, présidait le Conseil National du Numérique (CNNum). Dans ce cadre, il avait exprimé des critiques très tranchantes sur le projet de fichier TES.

Interrogé début avril par le magazine en ligne Numerama, Mounir Mahjoubi soulignait que « nous allons forcément devoir revenir sur l’authentification et l’identification numérique. Donc ça veut dire que nous allons revenir complètement sur les titres d’identité sécurisés. En fait c’est absolument nécessaire, nous ne pourrons pas avancer sur nos engagements en matière de numérisation de l’État sans revoir cette question qui a été mal traitée ». Il revenait, à cette occasion sur la nécessité d’une nouvelle gouvernance des choix technologiques de l’Etat. « Personnellement, à la fin du diagnostic sur le fichier, le plus gros problème qui m’est apparu, c’est l’incompétence, le manque de transparence, l’absence de dialogue et les graves lacunes en matière de gouvernance. En gros, c’est un projet qui du début à la fin n’a pas été traité par les meilleurs experts possible du côté de l’État»

Une approche assez nettement policière de la  carte nationale d’identité biométrique chez  François Fillon

Cette proposition de carte nationale d’identité biométrique figure dans le chapitre « Lutter de façon implacable contre le terrorisme et le totalitarisme islamique », de son programme, aux côtés d’autres mesures comme le renforcement des frontières Schengen par des garde-côtes, une plus grande utilisation de Frontex, ou la mise en place sans délai l’accès au fichier passager PNR.

Ce faisant, François Fillon assigne  à la carte d’identité biométrique une tout autre finalité que celle, administrative, qui avait été avancée par les gouvernements Valls et Cazeneuve : la simplification et la sécurisation de la procédure de délivrance des cartes d’identité.

François Fillon, sous cet angle, fait preuve d’une certaine constance.

C’est sous son gouvernement qu’avait été lancé, en 2011, le projet de carte nationale d’identité électronique adossée à un fichier unique des identités biométriques. C’est précisément la confusion entre les finalités de gestion des procédures administratives de délivrance des titres (authentification) et des finalités policières (identification) qui avait abouti à la censure de la proposition de loi par le Conseil Constitutionnel, en mars 2012.

En novembre dernier, François Fillon avait apporté un soutien remarqué au ministre de l’Intérieur. « C’était un projet que mon gouvernement avait [tenté de mettre] en œuvre qui avait été combattu avec la plus extrême énergie par les députés socialistes ».

Fusion de la carte Vitale et de la carte d’identité pour Marine Le Pen.

Cette proposition (la 71e) figure dans le chapitre Santé de son programme: « Réaliser des économies en supprimant l’Aide Médicale d’État réservée aux clandestins, en luttant contre la fraude (création d’une carte Vitale biométrique fusionnée avec le titre d’identité) ».

 

 

 

 

Hérodote fête ses 40 ans

herodote1Hérodote fête ses quarante ans et son 160e numéro.

C’était en 1976. Yves Lacoste, dont j’avais été l’élève, m’avait pris en amitié, invité a ses séminaires, puis enrôlé pour son projet de revue.

Hérodote. Le titre, à lui seul, affichait l’ambition : réinscrire la géographie dans l’histoire et les sciences sociales, mettre en relief les liens que la géographie a entretenu, de tout temps, avec l’action, l’exercice du pouvoir, les conquêtes, la guerre…

Le sous-titre, « Stratégies, Géographies, Idéologies », avait valeur de manifeste : cette discipline descriptive, « bonnasse » qu’était devenue la géographie universitaire (la « géographie des professeurs ») avait, en fait, une double nature. Côté face (stratégies), les savoirs réunis au sein de la géographie avaient, de tout temps, contribué à « informer » les conduites, les décisions, des pouvoirs et des états-majors. Côté pile (idéologies), les acteurs en conflit autour du contrôle et de l’appropriation de territoires mobilisent les savoirs géographiques (et les cartes) pour produire des « représentations » de l’espace qui servent leurs intérêts et leurs stratégies. Lire la suite

Déchéance de nationalité : la méconnaissance de l’article 23-7 du code civil reste une énigme

Ce projet de constitutionnalisation de la déchéance de nationalité est une faute. Il pourrait s’avérer, de surcroît, désastreux : ses auteurs, en tendant un piège à la droite, ont sous-estimé l’ébranlement qu’il risquait de provoquer à gauche.

Ceci dit, dans le débat qui s’embrase autour de la déchéance de nationalité, il y a une énigme que je ne m’explique pas.

Personne ne semble prêter attention, ni parmi ses partisans, ni parmi ses opposants, au fait que la déchéance de nationalité est déjà possible et qu’elle ne nécessite pas de réforme de la Constitution. Lire la suite

Les corrections en rouge de la copie du gouvernement grec qui ont mis le feu aux poudres

L’histoire retiendra peut-être que les fonctions « correction » et « suivi des modifications » dans Office Word ont joué un rôle décisif dans la rupture des négociations entre la Grèce et la Troïka et la décision de Tsipras d’appeler le peuple grec a trancher par référendum la crise grecque Le Guardian diffuse le document Word des réformes proposées par le gouvernement grec tel qu’il fut corrigé et raturé par les responsables du FMI et renvoyé le lundi 22 juin à ses auteurs. Lire la suite

Mobiles et Big Data pour lutter contre les épidémies : premiers enseignements de la crise Ebola

Le virus Ebola continue de se propager en Afrique de l’ouest. « Cette épidémie exceptionnelle exige une mobilisation sans précédent dans toutes les dimensions » ont affirmé conjointement le coordinateur de l’ONU contre Ebola l’ONU et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon l’OMS, il faudra entre 6 et 9 mois pour enrayer l’épidémie Ebola qui frappe l’Afrique de l’Ouest et surtout qu’elle ne se transforme en pandémie.

Les systèmes de santé de ces pays manquent tragiquement de personnel médical, de laboratoires mobiles, de dispensaires et de matériels de dépistage et de protection des personnels soignants. L’action sanitaire manque aussi cruellement d’informations pour identifier les personnes qui ont été en contact avec les personnes infectées, délimiter les zones où la transmission se poursuit et y installer des centres de traitement et des équipements. Selon l’OMS, « des renseignements pratiques concernant la situation sur le terrain sont essentiels à une réponse coordonnée. Pour pouvoir apporter un soutien logistique efficace, il faut savoir quels établissements ont besoin de désinfectants ou d’équipements de protection individuelle, où de nouveaux centres d’isolement doivent être construits et où les besoins en personnels de santé sont le plus grands ».

L’information et la communication jouent, en effet, un rôle essentiel dans la gestion des épidémies pour le recueil de données épidémiologiques et l’échange d’informations entre les différents acteurs notamment ceux des niveaux opérationnel et central et les autres partenaires.

Les gouvernements, les agences humanitaires et les ONG commencent à mobiliser, à cette fin, dans les pays concernés, des outils numériques et mobiles pour prendre la mesure de l’épidémie, coordonner les opérations, alerter ou informer les populations, dans les pays touchés et comprendre les mécanismes de propagation du virus. Lire la suite

Une feuille de route technologique pour l’État (suite)

L’idée selon laquelle l’Etat peut et doit se doter d’une feuille de route technologique fait son chemin.

J’en traçais ici la perspective en septembre 2012 .

On la retrouve dans le rapport  que Tariq Krim avait préparé à la demande de Fleur Pellerin (alors ministre déléguée chargée du Numérique).  Lire la suite

Pour réussir la réforme territoriale, il faudra penser (cette fois) les enjeux numériques en amont et pas aprés-coup

Si l’on veut réussir la réforme territoriale, les enjeux numériques doivent être pensés en amont : à la fois comme une contrainte, en termes de délais et d’investissement (et qui revient en boomerang, quand on l’oublie) mais aussi comme un facilitateur.

Cette fois, la réforme territoriale semble vraiment engagée.

Selon le secrétaire d’État à la Réforme territoriale, André Vallini, suppression des départements, division par deux du nombre de régions et redécoupage des intercommunalités permettraient d’économiser jusqu’à 25 milliards d’euros. Lire la suite